PdF 26-05>70
Remplacés… Le solaire, nos souvenirs, peut-être nous. Qui cède la place à qui ?
▼ Édito
Un mot revient en filigrane dans cette édition sans que je l’aie volontairement voulu (on a le droit de dire collision fortuite de l’actualité ?) : remplacer. Le solaire qui détrône le fossile, la voiture électrique qui pousse le moteur thermique vers la sortie (bon à son rythme, on ne s’emballe pas trop quad même), un pays qui prend la tête d’une course qu’on n’imaginait pas. Partout, quelque chose cède sa place à autre chose. Et plus vite que prévu (les experts les premiers, on y revient en brève – pas piquée celle-là).
Côté Future Path, la relève porte un nom cette semaine : Harness Engineering. On vous en parle depuis janvier (de manière presque subliminale certes), le rapport est prêt depuis deux mois, et le rédac’chef cherche encore le bon moment pour appuyer sur « send » (si vous voulez hâter le mouvement, vous savez à qui sonner les cloches…).
Saviez-vous que sur le site, vous pouviez consulter toutes les éditions passées ? Et si vous voulez être certain de recevoir la prochaine, il y a un truc facile à faire et à partager sans modération ⤵️
Dans cette édition, vous allez croiser :
un familier 👤
une carte 🌍
un géant 🐉
et d’autres bricoles 👩🏻🔧
▼ Phrase propulsée
« Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change. »
Giuseppe Tomasi di Lampedusa — Le Guépard, 1958
Vous préférez peut-être la forme proverbiale : “pour que rien ne change, il faut que tout change“. La phrase, retorse, d’un vieux prince sicilien (mais oui, c’est bien Burt qui la dit) qui regarde son monde se faire remplacer (et choisit d’épouser le changement pour mieux garder sa place). Elle résume notre semaine : le solaire remplace le fossile, le moteur thermique cède à l’électrique, un familier se substitue à notre mémoire, et tout ça, au fond, pour que la vie continue à peu près comme avant. Sauf que la carte du Visuel Numérique suggère l’envers du décor : à force de tout changer autour de nous, on a peut-être négligé de se renouveler nous-mêmes.
▼ Et si demain
Et si demain, chacun naissait avec un compagnon invisible, attaché à lui pour la vie ?
Nous terminons notre mini-série d’explorations prospectives sur la mémoire. Après des inspirations tirées d’une nouvelle de Liu Cixin himself, on prolonge le fil avec une inspiration classique en SF : les familiers (et en particulier chez Ian McDonald — trilogie Luna, 2015-2019).
2080 — Le familier
À ma naissance, on m’a accordé un familier. Une présence intime, en surimpression de mon champ de vision, audible par moi seul, qui me suit, m’écoute, prend des notes, me souffle des noms, des dates, des arguments. Il a 35 ans aujourd’hui, comme moi. Il me connaît mieux que mes parents.
Mon familier se souvient pour moi. De tout. D’une promesse faite à 7 ans, d’un parfum croisé en 2058 (ou du moins des impressions et émotions liées à cette première amourette), d’une phrase prononcée par mon père trois jours avant sa mort. Il sait quoi me redire et quand. Il choisit pour moi, parfois, ce que je dois oublier (politesses obsolètes, douleurs digérées [tu es sûr que je dois l’oublier cette douleur là, parce que ça pique encore pas mal…], vexations sans objet). Il choisit pour moi, surtout, ce que je dois garder. Tant que c’est lui qui se souvient, ça va.
Une nuit, en cherchant un nom de plat, je découvre une note datée de 2074 dont je n’ai aucun souvenir : « ne pas évoquer Léna devant Sara ». Léna, je connais. Sara, c’est ma compagne depuis dix ans. La note est là depuis dix ans. Mon familier l’applique scrupuleusement.
Je me demande combien de fois il m’a sauvé de situation gênantes : mais qui est cette personne qui vient vers moi avec l’air de me connaître, ah c’est aujourd’hui son anniversaire ?, mon patron déteste les longs préambules, dommage j’aime bien prendre mon temps avant de plonger dans le vif, ... Je me demande qui décide : ne suis-je pas devenu la matérialité de ce bout de silicone ? Je me demande qui je serais sans lui. Et puis je me demande si la question a encore un sens. Parce qu’au fond, n’est-il pas plus moi que moi ?
▼ Brèves de comptoir
🧠 Une perte fait deux fois plus mal qu’un gain équivalent. Vous le saviez (merci Kahneman et Ariely – entre autres ). Après les expérimentations comportementales, on passe à la mesure via conductivité cutanée, rythme cardiaque et oculométrie. Bonus contre-intuitif : payer les gens pour bien se comporter peut réduire leur motivation morale intrinsèque. Une belle occasion de découvrir Polytechnique Insights, une mine de tribunes scientifiques sérieuses trop méconnues.
🇨🇳 30.000 brevets IA générative en 10 ans, 600 millions d’utilisateurs, et personne n’en parle vraiment. Pendant qu’on commente la moindre annonce d’OpenAI ou l’arrivée de la 4.8 de Claude, la Chine a empilé près de 30.000 brevets liés à l’IA générative entre 2014 et 2024, atteint 600 millions d’utilisateurs grand public et équipé 78 % de ses entreprises (mais non !? et en France, on en est où …). Détail délectables (ou pas) : ses modèles open-source (DeepSeek & co) sont les plus téléchargés mondialement — sinon, il y a Mistral aussi !🇫🇷 (largement suffisant dans plus de situations qu’on ne l’imagine).
☀️ Le solaire deviendra la 1re source d’énergie mondiale dès 2032. Six ans plus tôt que les prévisions d’il y a deux ans. BloombergNEF (la référence sur le sujet) admet avoir systématiquement sous-estimé la croissance dans tous ses scénarios récents. Quand les pessimistes se trompent dans le même sens depuis 10 ans, ça commence à ressembler à un biais, non ?
▼ Visuel Numérique
2,1 enfants par femme : le seuil pour qu’une population se renouvelle. Spoiler : on est en train de le rater collectivement.
Cette cartographie bi-colore (et ouais, j’ai le droit d’inventer un mot, juste pour cette carte !) le monde selon un seul chiffre : le « taux de remplacement » (fixé à 2,1 enfants par femme). Au-dessus, la population se renouvelle ; en dessous, elle décline (à terme). Le globe se sépare donc en deux couleurs bien nettes. Si on ajoute le temps, la dégradation est énorme dans le temps : en 1950, la moyenne mondiale tournait autour de 5 enfants par femme. Aujourd’hui, 2,2.
On frôle la ligne de survie, à un dixième près (et oui je sais que certains s’interrogent sur l’intérêt de s’acharner à laisser les humains sur cette planète – passons).
▸ L’Asie de l’Est a appuyé sur le frein. La Corée du Sud plafonne à 0,8 enfant par femme, la Chine autour de 1,0. À ce rythme, chaque génération y est deux fois moins nombreuse que la précédente. Le futur s’y écrit déjà au passé (la formule est esthétique mais inquiétante).
▸ Les économies « avancées » sont toutes du même côté de la barre. États-Unis, Royaume-Uni, France, Japon, Australie : toutes sous les 2,1 (où avez-vous vu une exception française ? elle a disparu récemment). Le renouvellement ne tient plus qu’à l’immigration.
▸ L’Afrique subsaharienne tient l’autre bout du fil. Tchad, Somalie, Nigéria, RDC : encore 5 à 6 enfants par femme. C’est là, et quasiment là seulement, que la démographie mondiale continue de tenir.
La question pour notre futur : pendant qu’on s’inquiète des IA qui vont « remplacer » les humains (question non neutre et dont on n’arrive toujours pas à démêler si elle est schumpéterienne ou pas), ce sont peut-être les humains qui oublient de se renouveler eux-mêmes.
▼ Quoi de neuf chez Future Path ?
Une formation passionnée cette semaine. Nous avons abordé le “Harness Engineering” (dont on vous parle depuis Janvier – et notre rapport sur le sujet est prêt depuis 2 mois mais le rédac’chef tarde à appuyer sur le bouton “send” alors que le truc devient mainstream).
Nous avons exploré les cas où c’est hautement pertinent en dehors du code (c’est à dire 90% de mes missions). Et le petit miracle quand tu vois les participants sortir de la couche nuageuse su simple Chat pour percer ce plafond obscure et commencer à voler dans un espace ouvert et lumineux.
En attendant notre rapport (le semaine prochaine ? — écrivez donc au rédac’chef pour que votre pigiste préféré puisse générer rédiger son article), c’est au coeur de notre approche La Force IA (nouvelle robe brillante, promise il y a plusieurs éditions déjà)
▼ Média
L’AIE sur les VE comme grandes gagnantes du choc pétrolier
Il y a trois semaines, la Réflexion Interrogative de l’édition 67 (« Quand le baril rencontre le token ») jouait avec une thèse provocatrice (comment ça provoc moi ? 😇) : et si la crise pétrolière actuelle était en train de faire pour les véhicules électriques ce que les chocs de 1973 et 2022 ont fait pour leurs prédécesseurs ? L’Agence Internationale de l’Énergie vient de publier son état des lieux annuel (le rapport complet). Et ça converge.
L’article en synthétise les chiffres essentiels :
▸ 20 millions de VE vendus en 2025 (+20 % vs 2024), soit 25 % de part de marché mondiale auto.
▸ +35 % d’économies liées aux VE en Union européenne depuis l’envolée du baril. Ça paraît énorme, mais c’est juste à cause du renchérissement du baril donc.
Ce qui m’a surtout intéressé : l’AIE nous confirme que “sans choc, on ne bouge pas”. Il aura fallu un baril à 120 $ pour que l’évidence devienne… évidente (cf notre Réflexion interrogative sur ce thème).
Défi de la semaine : citez-moi une chose qui ne se fait pas remplacer en ce moment. (Si vous séchez, c’est probablement le sujet de cette édition.)
Et tant qu’à chercher, transférez-la à quelqu’un que la question titille ⤵️










