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Autorité, autoritarisme : de l'influence géopolitique dans les réunions en entreprise...
▼ Édito
Après une édition chargée la semaine passée (on peut vous laisser un peu plus de temps pour digérer nos premiers pas dans l’informatique quantique), nous allons aborder d’autres sujets (avant de prolonger notre exploration quantique un peu plus tard). En fait, cette édition vous propose de belles lectures à poursuivre hors d’ici : faites chauffer votre navigateur et préparez votre casque.
Saviez-vous que sur le site, vous pouviez consulter toutes les éditions passées ? Et si vous voulez être certain de recevoir la prochaine, il y a un truc facile à faire et à partager sans modération ⤵️
Dans cette édition, vous allez découvrir :
une petite éthique 🏷️
des trucs à écouter au 🪖
une référence 🧞♂️
et d’autres bricoles 👩🏻🔧
▼ Phrase propulsée
« L’obéissance aveugle en l’autorité est le plus grand ennemi de la vérité »
Albert Einstein
Alors ça, si c’est pas une citation oxymoresque… Le gars (moi, pas le très respecté Einstein) te sort une citation d’un des plus grands physiciens de tous les temps (petite pensée pour Feynman de la semaine dernière), une autorité donc. Et la phrase parle elle-même d’autorité comme une source de méfiance. Va comprendre…
Cela dit, on parle du biais d’autorité un peu plus bas, donc il y a tout de même une logique.
▼ Réflexion Interrogative
Récemment, un client m’a fait part de son désarroi face aux outils qui pondent les compte-rendus de nos réunions à peine celles-ci terminées ! Oui, on parle bien des notetakers IA (et chère lectrice et lecteur adoré, on en a effectivement parlé là : quelle mémoire 🙌).
Ce qui le chagrine pourrait se résumer en un biais : celui d’autorité. Et ce qu’il déplore c’est que ces outils en semble dépourvu. Pour lui, c’est un problème.
Je remets dans l’ordre : il souhaiterait que sa voix (en tant que big boss de la boîte) ait plus de poids dans le CR (même s’il n’a pas beaucoup parlé). En tout cas, ce qu’il dit ne devrait pas être passé au second plan derrière l’alternante très impliquée.
Au-delà d’un sujet évident de leadership (not my business, donc je ne m’étends pas), la question soulève un problème intéressant. Ces notetakers ne savent pas qui parle (au mieux elles connaissent votre nom-prénom). Enfin pour le moment… Donc tous les locuteurs sont traités à égalité. Il est donc possible qu’un participant hyper prolixe noie les autres infos importantes. Lors de mes visios avec notetaker, je n’ai jamais encore pas été confronté au cas d’un autoritarisme ordinaire d’un manager : comment l’IA s’en tire face à un tyran en réunion (bien entendu, cette situation est totalement fictive 😏) ?
Cependant, n’oublions pas que les réunions dont les CR sont rédigés par des humains intègrent peut-être plus volontiers le biais d’autorité (“le chef a dit, donc c’est important, je le note au CR”) ainsi que les codes de l’entreprise (les relations inter-personnelles, le décodage des attitudes et réactions non verbales, …). C’est utile ou pas ?
Piste aternative : est-ce que l’autoritarisme ambiant au plan mondial, encore plus visible que par le passé, ne libèrerait pas les esprits de certains managers ? Puisque Trump et Poutine le font, pourquoi pas moi, hein ?
Alors, pour les réunions ordinaires (on mettra de côté les AG, les réunions de CSE, …), vous êtes plutôt Notetaker, CR à la minime ou pas de CR du tout (chacun prend ses notes !) ?
▼ Brèves de comptoir
🇨🇳 Le « Plan Marshall » vert de la Chine redessine l’énergie mondiale. Depuis 2022, la Chine a investi plus de 200 milliards de dollars dans des projets de fabrication “verte” dans d’autres pays. [Bloomberg]
🌱António Guterres : le monde est au bord d’une percée climatique. Selon le secrétaire général de l’ONU plus de neuf projets d’énergie renouvelable sur dix mis en service en 2024 étaient moins coûteux que leurs équivalents à base de combustibles fossiles. L’énergie solaire était en moyenne 41% moins chère et l’éolien terrestre 53% moins cher. « La plus grande menace pour la sécurité énergétique aujourd’hui, ce sont les combustibles fossiles. » [The Guardian]
▼ Visuel Numérique
Ne montrez pas çà à Mr President…
Cette carte classe tous les pays du monde selon leur superficie terrestre (cela inclut les lacs, les rivières mais pas les mers). Car ici, la surface maritime (ZEE – zone économique exclusive) est exclue, et cela change légèrement la donne.
Prenez la France par exemple. Dans ce classement, elle apparaît au 49ème rang, derrière des pays comme le Soudan ou la Libye. Pourtant, si on y intègre sa ZEE (grâce à ses nombreuses îles et territoires d’outre-mer), elle devient la deuxième puissance maritime mondiale, juste derrière les États-Unis. Cocorico ? Un peu, oui. Mais surtout, cela invite à repenser notre vision de la puissance géographique : ce qui compte ne se voit pas toujours sur les cartes traditionnelles.
Comment ça cet article est chauvin ?
▼ Média
Cette semaine on vous propose un combo santé du futur, avec des trucs à mettre sous vos yeux et des machins pour les oreilles.
Deux visages de la médecine prédictive
Et si votre médecin pouvait tester l’effet de médicament sur votre jumeau numérique avant de vous le proposer bien ajusté ? Autre facette : et si on pouvait prédire la santé dans 20 ans de toute une population (ou d’un groupe large) ? Spoiler : on n’en est pas encore à avoir le jumeau numérique de chacun dans sa poche, mais les avancées récentes donnent à réfléchir.
L’approche individuelle : votre jumeau numérique (version bêta)
Imaginez que pendant votre prochaine opération, vous ne soyez pas seul sur la table. Votre “jumeau numérique” vous accompagne, aidant l’anesthésiste à anticiper chaque réaction de votre organisme quelques minutes à l’avance. Pas de la science-fiction : c’est déjà testé à l’hôpital Lariboisière comme le mentionne un récent article dans la revue de l’Institut Polythechnique (oui oui, celle de l’X).
Les chercheurs développent ces jumeaux numériques basés sur une modélisation “mécanistique” - comprendre : ils décrivent par des équations les relations de causes à effets dans votre corps (non, non, ChatGPT n’intervient pas ici 😮💨, mais un peu plus bas). Quand votre tension chute, au lieu d’attendre et réagir, le système prédit la dérive et permet au médecin d’ajuster ses gestes avant que les choses se gâtent.
Mais restons calme : on n’a pas encore votre jumeau complet. Pour l’instant, les chercheurs travaillent organe par organe (parfois tissu par tissu). Des jumeaux de cœur pour optimiser l’implantation de pacemakers, des jumeaux de poumons pour comprendre la fibrose pulmonaire. C’est déjà top, mais on est loin du “vous numérique” intégral.
La discussion entre chercheurs dans le podcast intitulé “Jumeau numérique et médecine : le patient modèle“ (j’adore les titres des podcasts de Natacha Triou) vous permet de parcourir rapidement le sujet (comme toujours, en x1,5, ça passe très bien - d’ailleurs, avec iOS26, on peut même ajuster à la première décimale près, podcast par podcast - pour celui-ci, je suis en x1,8)
L’approche populationnelle : quand l’IA notre futur collégial
À l’autre bout du spectre, des chercheurs ont créé Delphi-2M, un modèle d’IA qui a “ingéré” les parcours de santé de 400 000 Britanniques pour apprendre à prédire l’évolution de plus de 1000 maladies. Et pas sur quelques mois : sur les 20 dernières années.
Comme le décrit cet article dans nature “Learning the natural history of human disease with generative transformers”, le fonctionnement est dérivé de ChatGPT. Celui-ci apprend à prédire le mot suivant dans une phrase (“perroquet stochastique” anyone ?), Delphi-2M apprend à prédire la maladie suivante dans une vie. Le modèle analyse un (gros) historique médical et d’habitudes (tabac, alcool, IMC) et vous indique les risques de développement de telle pathologie dans les prochaines années pour un groupe donnés.
Les résultats sont impressionnants : le modèle prédit avec une précision de 76% en moyenne, et ça marche même testé sur 1,9 million de Danois (sans aucun réentraînement). Il peut même générer des “trajectoires de santé” synthétiques pour estimer le fardeau de maladie d’une population entière. Intéressant pour des gouvernements afin d’orienter leurs investissements …
Et demain ?
Ces recherches nous emmènent vers une médecine prédictive plus proactive que réactive. Plutôt que soigner les maladies, les anticiper. Plutôt que subir, prévenir. On vous laisse lire et écouter pour vous faire votre propre idée des impacts.










