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Trompeuse. Cette édition démonte quelques illusions tenaces : sur la productivité, sur le café et sur ce qu'on croit avoir compris.
▼ Édito
Il m’arrive de plus en plus souvent de me creuser la tête, plus intensément qu’avant l’IA. Un truc plus intéressant : j’ai demandé à une IA les arguments pour une idée, puis les arguments contre. Les deux tenaient debout. Donc faut plonger (et y passer du temps) pour sortir le bon grain de l’AIslop.
C’est exactement le sujet qui traverse cette édition en filigrane : l’écart entre ce qu’on croit et ce qui est. Vos équipes se sentent plus productives avec l’IA ? Prouvez-le. Le Brésil produit le café ? Il n’en boit presque pas. La nature est archaïque ? On s’en inspire pour concevoir des trucs qui vont dans l’espace. Décidément, nos intuitions ont pris un coup de vieux.
Une fois que vous serez bien retourné, j’ai un truc simple pour vous. Je vous offre un pattern cette semaine. Un pattern de mon programme La Force IA. Un autre la semaine prochaine. Et si vous voulez passer à la vitesse supraluminique, vous savez où me trouver.
Saviez-vous que sur le site, vous pouviez consulter toutes les éditions passées ? Et si vous voulez être certain de recevoir la prochaine, il y a un truc facile à faire et à partager sans modération ⤵️
Dans cette édition, vous allez découvrir :
un paradoxe 👷🏼♂️
un café au Luco ☕💭
un juge ⚖️
et d’autres bricoles 👩🏻🔧
▼ Phrase propulsée
« Va prendre tes leçons dans la nature, c’est là qu’est notre futur. »
Léonard de Vinci
Un point essentiel que je lis dans cette maxime, c’est que l’Homme doit s’insérer dans la nature (pas l’asservir…). Bon ça commence un peu sentencieux cette édition.
Alors prenons une autre perspective : s’inspirer de la nature pour fabriquer notre futur. C’est justement ce que je suis en train de faire pour un client qui travaille dans le spatial. Pour un atelier en préparation (là j’ai vraiment rien le droit de dire – ce qui est une info en soi 😉), nous allons fournir des inspirations issues du monde du vivant. Plus de 50% de ces propositions sont basées sur des animaux ou végétaux. Pour un truc dans l’espace. C’est perché non ? (métaphore blaguesque).
C’est 50% avant de passer devant le Juge (c’est pour toi David).
Et le juge (un autre), on le retrouve justement dans la rubrique suivante !
▼ La minute méthodo
La semaine passée, je vous dévoilais ma nouvelle offre : La Force IA (le truc avec ce nom, c’est qu’il est tellement inter-générationnel qu’il parle à tout le monde 🙌).
Cette semaine, je vous propose, rien que pour vous, de rentrer un peu dedans.
Mais non, pas besoin de la CB (du moins pas tout de suite) : j’ai des trucs à partager avec vous, gratos.
On va regarder plusieurs patterns d’usage et comment leur puissance varie en fonction des outils qu’on utilise. Je vais me baser sur le triptyque d’outils Claude : le Chat, Cowork et Code. Seuls les 2 derniers requièrent un abonnement. Mais ça marche avec d’autres systèmes (c’est juste un peu plus compliqué que chez Anthropic mais ça va s’améliorer).
Pattern Judge ou Critique
Ni terne, ni paternel ce juge.
Dans un post très récent sur X (si vous ne voulez pas aller sur X, j’ai une réf sur VentureBeat que vous préférerez peut-être), Andrej Karpathy (un big name de l’IA - co-fondateur d’OpenAI, entre autres) expliquait qu’il n’arrivait plus à avoir une opinion claire sur un sujet après avoir discuté avec une IA. Ça vous est déjà arrivé, non ?
Et on le comprend si on procède comme il a fait (ce que peu d’entre nous faisons) : il demande un truc et son contraire à l’IA. Genre “donne-moi tous les arguments pour ce sujet”. Ensuite, il donne à cette même IA ou à une autre, le résultat en demandant de contre-argumenter. Dans le cas qu’il étudie : les deux discours lui semblent valides, au point d’un perdre ses repères.
L’IA (la genAI textuelle pour être précis) est très très à l’aise avec ce type d’exercice. Eh bien servant nous en !
Vous produisez un texte, une recherche, une étude, … soumettez-la à une IA et demander lui d’en faire la “critique” (pas au sens de basher, mais de produire une analyse critique : les points forts, les points faibles, les idées à creuser, les angles morts, …). Et ensuite, prenez votre décision. Vous n’êtes pas obligé de tout accepter ou de tout refuser. Ça, c’est directement faisable en mode “chat”. Accessible à tout le monde. Sympa, non ?
Là où la puissance de la force devient brillante (tiens, un début de phrase qu’une IA ne renierait pas), c’est quand vous outillez votre process de recherche en introduisant ce pattern dans vos agents.
Prenons le cas de VIA (dont je vous ai parlé à plusieurs reprises, notamment là et qui est publié sur GH), le système mène des recherches (profondes) sur Internet (et aussi avec des papiers que je lui donne), produit un pré-rapport qu’il soumet à un “Judge” (un autre agent) qui analyse suivant plusieurs critères. Le “Judge” n’est pas un spécialiste du domaine, en revanche il possède des règles qu’il applique pour élaborer la qualité d’un contenu. Ainsi, il peut accepter le pré-rapport (et un autre agent le développera sur la base des recherches déjà menées pour produire un mémo complet, sourcé et argumenté) ou bien le retourner à l’agent explorateur en lui indiquant les faiblesses et zones d’ombre. Une note de confiance est même donnée (entre 1 et 5). Je ne diffuse rien à moins de 4/5 (et n’ai trouvé à ce stade que de très légères imprécisions). Page de pub : la dernière rubrique de cette édition repose sur VIA si ça vous dit.
Ça demande plusieurs étapes à mettre en place, ça se fait sans écrire une seule ligne de code – d’ailleurs sans écrire une seule instructions en fait. C’est tellement puissant que je n’ai pas d’hallucination avec les résultats de mes systèmes IA qui l’utilisent. C’est le moment de sortir la CB du coup…
La semaine prochaine, je vous révèle un autre pattern : peut-être le plus fondamental, le plus profond, celui qui fait que toute dirigeante et tout leader devrait le mettre en place systématiquement. L.E.A.R.N.
▼ Tête Chercheuse
On aurait dû retrouver cette rubrique cette semaine, mais notre invité a eu un soucis de dernière minute.
Avec lui, je vous emmènerai dans les coulisses d’une banque d’investissement, à la rencontre d’un ancien trader devenu prospectiviste : un parcours hors norme.
On le découvre dans une semaine.
▼ Brèves de comptoir
🧠 Une IA pour ralentir l’oubli : “Wispy”, un assistant IA qui guide les personnes atteintes de démence sénile via des lunettes augmentées, vient de décrocher un prix d’un million de livres. Le plus incredible : les bénéfices persistent même après avoir retiré les lunettes.
🚫 Le fond des océans reste tranquille ? Les négociations internationales ont de nouveau dit non au minage en eaux profondes. 40 pays soutiennent désormais un moratoire. Il semblerait que l’humanité converge (pour une fois) vers l’idée que racler le plancher océanique est une mauvaise idée. Euh, rectificatif : on me signale qu’un petit pays aurait pris le chemin exactement inverse. Lequel se trumpe ?
📊 Les politiques climat, ça marche (preuve par 40) : une étude dans Nature Climate Change analyse 40 pays et confirme : les politiques climatiques réduisent bien les émissions. Le combo gagnant ? Taxe carbone + subventions + réglementations. Pas l’un ou l’autre : les trois ensemble.
▼ Visuel Numérique
Titre avec lien niveau 4
Où coule vraiment le café ?
Vous pensiez que les plus gros buveurs de café étaient les Italiens (l’espresso !), les Français (le comptoir !) ou les Américains (le mug géant au bureau et dans la rue/voiture !) ?
Raté.
Le champion du monde, c’est… le Luxembourg. Mais non !?
5 tasses par personne et par jour au minimum. Oui, cinq (en moyenne sur la population — donc c’est certainement beaucoup plus chez les “adultes”).
Ce qui est dingue dans ce classement, ce moins le podium (Luxembourg, Finlande, Suède) que ce qu’il raconte en creux : les États-Unis, le Japon et le Brésil. Ces trois mastodontes de la consommation en volume absolu sont loin derrière en per capita. Le Brésil qui produit le café n’est même pas dans le top 10 pour le boire. L’ironie du cordonnier qu’on croise souvent dans cette newsletter, version grain de robusta.
Et alors, Passeur de Futur, le rapport avec le futur ?
Le café, c’est un indicateur de culture de travail. Les pays où on en boit le plus sont aussi ceux où la journée s’étire, où les pauses sont rituelles, où la conversation informelle compte autant que la réunion formelle. Ce sont souvent, pas toujours, mais souvent, les pays qui protègent encore le temps lent dans un monde qui accélère.
Or, avec l’IA qui s’installe dans nos process, la question n’est plus “comment faire plus vite” mais “que faire du temps qu’on récupère”. La pause café, ce moment où rien ne se produit officiellement mais où tout se décide vraiment, est peut-être l’une des infrastructures invisibles les mieux préparées au futur du travail.
Alors la prochaine fois qu’un consultant vous vendra un outil d’IA pour “optimiser vos réunions et supprimer les temps morts”, répondez-lui : “Et si on gardait la machine à café, plutôt ?”
▼ Quoi de neuf chez Future Path ?
On vous a parlé de La Force IA ? Ah oui, la semaine dernière 😇
On s’adapte à votre agenda et à votre contexte. 10 séances d’1h.
Notre promesse : ça va secouer et vous allez décoller.
Analogie : on vous aide à passer d’un ciel gris, bas et morose à un fantastique ciel bleu, inconcevable depuis le sol. Comme quand vous prenez l’avion et passez au-dessus la couche nuageuse (bon ok, pas hyper green l’analogie, mais elle marche !). Fasten your seatbelt.
▼ Avant de partir dans un mythe en Solow,
Quand l’IA vous ralentit (et que vous ne le voyez pas)
L’autre jour, un dirigeant que j’accompagne m’a dit quelque chose qui m’a interpellé : “Mes équipes adorent l’IA. Elles se sentent beaucoup plus productives.” Je lui ai demandé s’il l’avait mesuré, cette fameuse productivité. Il m’a regardé comme si la question n’avait pas de sens. Bien sûr qu’elles sont plus productives : elles le disent elles-mêmes !
C’est pile le problème.
En 2025, une équipe de chercheurs (METR – source en bas) a fait quelque chose que personne n’avait fait avant : une étude randomisée contrôlée sur la productivité avec l’IA. Une vraie expérience scientifique : 16 développeurs expérimentés, 246 tâches, sur des projets qu’ils connaissaient parfaitement (certains depuis plus de cinq ans). Avec les meilleurs outils IA du marché.
Le résultat est troublant : avec l’IA, ils étaient 19 % plus lents. Pas plus rapides. Plus lents. Lents ? Mais non !
Le plus troublant arrive maintenant : avant l’étude, ils prédisaient être 24 % plus rapides. Et après l’avoir expérimenté dans leur propre travail (donc après avoir vécu le ralentissement, inconsciemment), ils continuaient de croire avoir été 20 % plus rapides. L’IA crée une illusion de productivité que même l’expérience directe ne dissipe pas.
Autre étude (Google - DORA 2024) auprès de 39.000 professionnels tech. Résultat : 75 % des développeurs interrogés se sentaient plus productifs, mais la stabilité des systèmes a baissé de plus de 7 %. Une histoire de productivité… ?
Pourquoi ça m’a intéressé ?
Parce que je travaille tous les jours avec des organisations qui déploient l’IA. Et la conversation commence presque toujours par la productivité. “On veut que nos équipes soient plus productives, on veut automatiser.” C’est légitime (surtout avec la matraquage des médias et autres fournisseurs de solutions). Mais si la productivité perçue ne correspond pas à la productivité réelle, alors les décisions d’investissement, de staffing et de stratégie qui en découlent sont biaisées.
Ce paradoxe n’est pas seul, juste Solow
Robert Solow, prix Nobel d’économie, avait formulé exactement la même observation en 1987 : “On voit l’ère informatique partout, sauf dans les statistiques de productivité.” Les entreprises investissaient massivement dans les ordinateurs, et la productivité stagnait.
Paul David, historien économique à Stanford, a montré que le phénomène était encore plus ancien. L’ampoule électrique est inventée en 1879, les premières centrales apparaissent en 1881. Mais les gains de productivité liés à l’électricité n’arrivent qu’à partir des années 1920 : quarante ans plus tard. Pourquoi ? Parce qu’il ne suffisait pas de remplacer le moteur à vapeur par un moteur électrique. Il fallait repenser complètement l’usine : passer d’un bâtiment vertical (organisé autour d’un moteur central et de courroies de transmission) à un bâtiment horizontal (un moteur par poste, lignes de production fluides). La technologie seule n’a jamais suffi. C’est la réorganisation du travail qui débloque les gains.
Ce que ça change concrètement
Brynjolfsson, chercheur depuis 30 ans au MIT, a publié en octobre 2025 un article de synthèse qui déconstruit sept mythes sur l’IA et la productivité : les gains ne sont pas uniformes. Une expérience contrôlée sur 5.000 agents de support technique montre que l’IA augmente la productivité de 35 % pour le quartile le moins performant : mais de presque zéro pour les vétérans. L’IA est un niveleur, pas un multiplicateur universel.
Et voici le chiffre qui résume tout : en 2025, 78 % des entreprises ont adopté des outils IA (en France c’est proche de 40%). Mais seules 21 % ont repensé leurs workflows en conséquence. C’est comme si 78 % des usines de 1900 avaient branché des moteurs électriques sans toucher à l’organisation de la production.
Avant de partir, une ‘tite question
Votre organisation a probablement adopté l’IA. Vos équipes se sentent probablement plus productives. Mais avez-vous mesuré ? Avez-vous repensé les workflows, pas seulement distribué des licences ? Est-ce que vous êtes dans le 78 % qui a adopté, ou dans le 21 % qui transforme ?
Les réfs, les réfs, on veut les réfs !
Brynjolfsson, “Seven Myths about AI and Productivity” (California Management Review, oct. 2025) — https://doi.org/10.1177/00081256251313654
METR, “Measuring the Impact of AI Tools on Developer Productivity” (2025) — https://metr.org/blog/2025-07-10-early-2025-ai-experienced-os-dev-study/
DORA, Google 2024, “Highlights from the 10th DORA report“ — https://cloud.google.com/blog/products/devops-sre/announcing-the-2024-dora-report?hl=en












