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Venez, venez, il y en a pour tous les goûts et tous vos neurones. Aujourd'hui, c'est éclectique...
▼ Édito
Une joyeuse édition prolixe en sujets variés. Cadeau pour celles et ceux qui sont en vacs. Réflexion pour ceux et celles qui bossent. Ou l’inverse. Double cocasserie : on y parle peu d’IA, et l’IA ne m’a jamais aussi peu servi pour la prépa ou la co-rédaction.
Saviez-vous que sur le site, vous pouviez consulter toutes les éditions passées ? Et si vous voulez être certain de recevoir la prochaine, il y a un truc facile à faire et à partager sans modération ⤵️
Dans cette édition, vous allez découvrir :
un cantique 🎶
un podcast 🎙️
un chat 🙀
et d’autres bricoles 👩🏻🔧
▼ Phrase propulsée
« La vie est un mélange de toutes sortes de choses: la comédie et la tragédie vont de pair. »
Alejandro Jodorowsky
Jodo. Découvert pendant mes années d’exil sur le Plateau du Moulon, entre deux cours ennuyeux, un prof magique, la biblio et les babasses (nerd ?). Je ne sais pas si cette édition tient plus de la comédie ou de la tragédie, ou bien si c’est avec d’autres dimensions qu’il faut décrire le mélange éclectique de votre lecture. Je vous laisse juger (et ensuite, foncez à la bibliothèque emprunter L’Incal – amicale pensée à Jean-Marc pour m’avoir fait découvrir cet auteur et le club BD, de loin le truc le plus utile de l’école pour mes loisirs de l’époque)
▼ Anecdote
Rédigé avec ou sans IA, ça veut dire quoi ?
Parmi mes lectrices et lecteurs, certaines refusent la genAI pour le rédactionnel, d’autres y recourent avec conviction. Je ne vais pas tenter de convaincre les premières de changer leurs habitudes, mais peut-être espère-je (ça se dit ce truc légumineux ?) de les faire bouger.
Détection multi-spectrale
J’ai récemment interagis avec une collègue qui poussait un contenu sur LinkedIn en le commentant (ah bon, c’est pas 100% de l’utilisation de LinkedIn ?). Et selon moi, le texte était pur genAI.
Pourtant, ce n’était pas un post à rallonge de 4km de long avec force emojis, pseudo bullet points (rappel : les post LinkedIn n’acceptent aucune mise en forme – on peut juste jouer avec Unicode), sections et sous-sections. Non pas du tout. Le texte était compact, 4 phrases construites et claires. Visuellement, pas d’IA à bord.
Mais quand on passait sur le fond, alors là, ça sentait ChatGPT à plein nez (et dire que je lui avais recommandé, comme à tous mes clients, de basculer sur Claude pour le rédactionnel – je sais qu’elle nous lit…). La logique d’enchaînement des 4 phrases : IA. La structure de chaque phrase : IA. Le vocabulaire utilisé : IA.
Quelques exemples
Première phrase : “À l’heure où…”. 100% IA (désolé si c’est votre style, mais c’est typique). Je crois me souvenir que ma prof de Français en 1ère me disait déjà d’abandonner cette construction trop creuse, trop “café du commerce” (je me doute que l’info importante de cette phrase, c’est que j’ai passé mon Bac Français – rien que ça peut interpeller, j’en ai bien conscience tant mes fotes sont nombreuses 🤭)
Phrase suivante : “Et c’est précisément…”. Là aussi très IA. De même que l’adverbe “lucidement” qui arrive plus loin. Et la même phrase enchaîne nauséeusement sur “ce qui est déjà en train de se jouer“. re-IA
Alors on fait quoi ?
Si c’est votre style, vous allez rapidement vous faire taxer de genAI writer (d’ailleurs, si c’est votre style, vous devriez demander des royalties à OpenAI pour avoir éreinté votre style lors des phases d’entrainement de GPT). Vous pouvez aussi attendre quelques mois que ChatGPT bascule sur autre chose. Ce qui finira par arriver.
Si vous n’avez pas l’habitude de vous répandre d’écrire sur les ondes à haute fréquence (tiens, une métaphore absurde de plus – on devrait faire une liste 😂), je vous conseille de démarrer sans genAI rédactionnelle.
C’est en forgeant que l’on devient … rédacteur ✍️
Forgez votre propre style de narration (avertissement : j’ai un copyright sur les digressions [à double {voire triple} parenthèses], les interpellations du lecteur – avec le en–dash ou le em—dash selon l’humeur – et les trucs capillo-tracté [comme capillo-tracté justement]).
Écrivez avec votre petit cœur, votre bonne tête (ou l’inverse, ou les deux) et un instrument d’écriture (décryptage : un stylo ou un clavier). Utilisez la genAI autant que vous voulez pour tester vos idées, les étoffer, les contre-dire, en obtenir d’autres… Voire même pour vous faire coacher sur la structure d’un argumentaire, sur le meilleur fil narratif pour un post… Tout ça, on l’appelle MUGAI (on en a parlé là, avec tout plein de ressources accessibles et d’exemples pédagogiques).
En revanche, tenez le chat éloigné du clavier lorsqu’il s’agit de coucher les mots sur le papier (à force de mixer les expressions toutes faites, je m’y perds un peu, sorry 🤦🏼♂️).
Polissez, Affinez, Renforcez, Simplifiez, Améliorez vos contenus. Soyez durs envers vous-même, pas d’auto-complaisance (dis le gars qui en est bourré). Recueillez ces pépites écrites dans un petit cahier (bon ok, dans votre Notion, Obsidian, bloc-note voire encore mieux : un bon vieux fichier MD – mais oui, exactement cher lecteur, le même qu’évoqué il y a quelques semaines, well spotted).
Et maintenant on injecte dans le matou 💉
Quand vous en aurez plus de 5, là vous pourrez les injecter dans le chat en intraveineuse (avertissement : aucun animal n’a été heurté lors de l’opération - on parle ici de les mettre en PJ d’un projet/dossier dédié au rédactionnel dans votre chatbot préféré). Et à ce moment-là seulement, vous pourrez voir ce que le matou a dans le ventre (une fois plus, c’est métaphorique – on ne vous incite pas à “ouvrir” un être vivant, fût-il un félin cordialement détesté).
Vous verrez qu’il se rapprochera fièrement de votre style (Claude aime bien se vanter [j’ai failli utiliser un verbe lié à l’activité essentielle d’un félin, mais j’ai renoncé] en m’indiquant “j’ai respecté ton style avec des digressions gracieuses et une pointe d’ironie légère” 🙄).
Mais c’est pas gagné pour autant : les hallucinations sont là – parfois planquées sous une belle couche de vraisemblance, le style peut manquer de naturel, les phrases un peu longues (comment ça mes phrases aussi sont trèèèèèès longues ? – je ne vois pas du tout ce que vous voulez dire), la tentation du retour à ses propres poncifs point (le verbe, pas l’hebdo 🤯), …
Donc, après tout roule tout seul ?
En général, je n’en garde pas beaucoup (au mieux du mieux du mieux, 40% – en général, je jette 75%) et je reformule à ma sauce.
En gros, quand j’ai pas beaucoup de temps, je n’utilise pas l’IA. Relisez cette phrase sibylline si vous êtes passé dessus trop vite malgré la mise en gras.
Il faut du temps pour utiliser la genAI dans du rédactionnel (cf notre petite série pas anecdotique sur “je vais te serrer le kiki”).
▼ Tête Chercheuse
Olivier
L’enfant qui démonte tout et (se) pose toujours des questions
— C’est quoi ton moteur, au fond ?
— La curiosité. J’ai gardé l’âme d’un enfant qui veut déconstruire les choses, les démonter. Il faut être un moulin à questions avant d’être un moulin à réponses.
Olivier Ezratty a écrit 1500 pages sur les technos quantiques. Il n’est pas physicien. Et c’est précisément pour ça qu’on l’écoute.
Mais qui est-ce ? 64 ans, entralien qui assume le côté ingénieur généraliste, a passé 15 ans chez Microsoft à “évangéliser” les développeurs (c’était le terme vintage utilisé par tous les éditeurs pour draguer les dév - entre 1990 et 2005). L’homme derrière le rapport du CES que tout le monde attendait chaque fin du mois de janvier… pendant 15 ans. Celui du Guide des Startups aussi (de 2006 à 2019). Et aussi, « Les usages de l’IA » de 2016 à 2021. Et maintenant, celui qui pond chaque année un pavé de 1500 1524 pages (c’est lui qui a souhaité la précision - cela le caractérise bien) sur les technos quantiques, en anglais, en LaTeX, disponible gratuitement.
(Quand je lui demande son modèle économique, il me répond : ”Le contenu est gratuit, je vends mon temps.” On y reviendra.)
pattern tenace pas terne
Mais ce qui définit vraiment Olivier, c’est un pattern méthodologique qu’il reproduit depuis ses années à Centrale, en 1982 : la dualité contenu + contenant. Il ne se contente pas d’écrire : il maîtrise (et souvent développe lui-même) les outils pour produire. Photocomposition numérique sur mainframe IBM à 20 ans (euh, “mainframe”, c’est quoi…?). Plugin WordPress maison à 45. Chaîne LaTeX automatisée à 64, avec un préambule de 1400 lignes et 24 PDF générés en batch. Le gars n’a jamais eu besoin d’un département technique. Et je peux témoigner que les scripts LaTeX, c’est pas un bonheur (même avec l’IA).
Il se qualifie d’”ingénieur ensemblier” — celui qui voit le puzzle entier sans être spécialiste d’une seule pièce. Et quand je l’écoute raconter comment il a commencé à dialoguer avec Alain Aspect en 2018 sans savoir qui c’était (”C’est qui Alain Aspect ?”), je me dis que la vraie compétence, c’est peut-être l’audace de poser des questions bêtes aux gens brillants.
son truc, c’est la fractalité créative incrémentale.
Une conférence d’une heure sur le quantique en 2018. Qui devient un article. Qui devient deux. Puis dix-huit. Puis un livre de 350 pages. Puis 1500 1524.
Continuum. Chez lui, on découvre l’absence totale de friction entre apprendre et transmettre. ”Je suis un prof qui apprend en enseignant. Des fois, je décide d’enseigner un truc que je ne connais pas. Le fait de l’apprendre, ça permet de l’enseigner.” L’inverse de l’expert qui protège son pré carré. Ici, la connaissance est un flux, pas un stock.
Et le flux attire le flux. Plus il publie, plus les gens viennent à lui. Plus ils viennent, plus il apprend. Plus il apprend, plus il publie. ”Parle des gens pour que les gens s’intéressent à ce que tu fais.” Un mantra, un cercle vertueux qu’il fait tourner depuis 20 ans avec une discipline de moine et une curiosité d’enfant.
cantique quantique ?
— En 2040, qu’est-ce que tu aimerais qu’on ait atteint en quantique ?
— Je vais te poser des questions plutôt que des réponses. Est-ce que l’économie, les gouvernements, les investisseurs vont être suffisamment patients pour gérer ce temps long ? Parce que depuis 8 ans que je suis dans ce domaine, les choses vont plus lentement que les gens l’imaginaient.
— Pourtant, on entend partout que ça s’accélère...
— Quand je regarde ce qu’ils disaient il y a 5, 6, 7, 8 ans, ils sont tous en retard. Tous. Ils remettent à jour leurs roadmaps, ce qui fait qu’on ne s’en rend pas compte. Mais je compare le réalisé avec ce qui a été annoncé. Et je ne les critique pas — c’est juste plus compliqué que ce qu’ils prévoyaient.
(note pour mes lecteurs) L’homme qui a co-architecté le plan quantique français ne vend pas de rêve. Il compte les années, compare les promesses aux résultats, et refuse le wishful thinking. C’est bien, non ?
l’anti-bullshit comme méthode
Ce qui m’a frappé, c’est l’absence totale de complaisance. Olivier dialogue avec des prix Nobel, conseille la Commission européenne, a l’oreille de l’écosystème mondial. Et pourtant, il passe son temps à dire ”je ne sais pas” (honnêteté intellectuelle), ”c’est plus compliqué que ça” (attention, l’expert se lance) et ”on verra” (comprendre : on jugera sur pièces).
Dans un monde où tout le monde a un avis définitif sur l’IA et le quantique après avoir lu trois articles, c’est presque subversif. ”Il y a beaucoup de gens qui arrivent et disent ‘Ah, je vais vous expliquer le quantique, le 0 et le 1 superposés’, et ils croient qu’ils ont tout compris. Mais ils n’ont rien compris en fait. Parce qu’il faut travailler pour comprendre.”
Ce n’est pas du mépris. C’est le constat de quelqu’un qui a passé 40 ans à creuser, à démonter, à reconstruire et qui voit arriver des gens qui veulent les raccourcis sans le travail. La curiosité, ça ne s’improvise pas. Ça se cultive sur des décennies.
ses reco
📬 ArXiv tous les matins : une heure par jour, tous les jours ouvrés, à scanner les publications du jour en quantum physics. ”Depuis 6 ans, ma source, c’est le preprint. Pas la presse.”
Pendant que certains scrollent LinkedIn au réveil, Olivier parcoure des papiers scientifiques. On n’a pas tous les mêmes matinées.
🐿️ La méthode écureuil-noisette : un document Word miroir de son livre, vidé en septembre, rempli toute l’année. Chaque noisette (article, idée, rencontre) est triée par sujet. Quand on lui pose une question, soit c’est dans le livre, soit c’est dans le buffer déjà classé et prêt à être injecté dans la prochaine édition.
Un fichier Word et de la discipline. Parfois, la low-tech gagne. Puut-être qu’un jour il basculera directement en fichiers Markdown avec son propre éditeur/visualiseur (d’ici là, Obsidian est une bon choix)
🧑🎓 Les cours du Collège de France : sa recommandation numéro un (c’est pour ça que je la mets en dernier ?). Pas les podcasts, pas les vidéos YouTube : les cours d’experts. ”Des scientifiques de très haut niveau qui vulgarisent sans être vulgarisateurs à l’extrême.” Un exemple ? Pascale Senellart (directrice de recherche au CNRS, entre autres) sur “Technologies quantiques émergentes” (c’est tout frais de ce début d”année : vidéo et slides).
Gratuit & trapu.
Olivier ou le moulin à …
Olivier Ezratty a un principe simple : la curiosité, ça ne se décrète pas, ça se pratique. Tous les jours. Pendant des décennies. J’adhère totalement.
Et en parlant de curiosité, voici, pour le plaisir de l’écouter en version audio, son podcast Quantum avec sa complice Fanny Bouton.
Il a 64 ans, il lit des preprints tous les matins, il apprend en enseignant, il dialogue avec des Nobel en posant des questions bêtes. Et il continue de démonter ses jouets, virtuellement, cette fois.
”Il faut être un moulin à questions avant d’être un moulin à réponses.”
▼ Visuel Numérique
Passé et futur des villes
D’ici 2050, les villes du monde devraient accueillir près d’1 milliard de nouveaux habitants urbains, représentant les deux tiers de la croissance démographique mondiale.
Je vous invite à passer quelques minutes à découvrir cette carte interactive. Vous y découvrirez l’évolution des agglomérations urbaines depuis 1975, ainsi que les projections de l’ONU jusqu’en 2050. C’est quasi addictif.
En survolant une ville, un mini graphique apparaît, affichant les tendances de croissance de la population ainsi que son classement national et mondial au fil du temps. En dézoomant, on peut voir à quel point la croissance démographique a été explosive dans les grappes de villes à travers l’Asie et l’Afrique.
Et si vous êtes curieuse, vous trouverez d’autres cartes sur le même site (je vous laisse exercer votre sagacité).
▼ Quoi de neuf chez Future Path ?
Pas de carrousel cette semaine (beaucoup d’entre vous sont en vacances, aussi on laisse votre intellect au repos – du moins ici). Celui de la semaine prochaine traitera d’un sujet connu et en lien avec les activités de Future Path.
🗓️ En revanche, celui de la semaine suivante (mais oui on planifie nos éditions en comité de rédaction sur plusieurs semaines ; on vous traite bien !), donc dans deux semaines vous aurez droit à un sujet très… impactant pour notre futur digital / santé cognitive ; je suis même prêt à parier que vous ne connaissez pas.
🆙 Ces deux prochains carrousel bénéficient de la dernière version de notre système via (pas encore commitée sur GH – la version précédente y est tout de même). On réfléchit déjà à celle d’après (là c’est le Copil des projets internes IA qui s’est réuni, i.e. mes trois neurones biologiques). Elle porte de belles promesses (en reposant sur plusieurs papiers de recherche – eh ouais, il n’y a pas qu’Olivier qui traine ses guêtres sur arXiv 🤓) — j’implémente, je teste et je vous dis d’ici la fin de Q2.
▼ Média
Connaissez-vous Kokou Agbo-Bloua et son podcast 2050 investors ? Non, ne fuyez pas ! Le terme “2050 Investors” est à comprendre comme “notre futur” avec un prisme économique/financier prospectif. Les derniers épisodes sont top. La voix est hyper chaleureuse et le traitement des sujets intéressants : il y a toujours un invité de qualité et un petit dialogue entre Kokou et … (je vous laisse découvrir).
L’épisode en cours repose largement sur la Méta-Cognition dont on vous parlait il y a pile 2 éditions. Coïncidence ? Peut-être, à vérifier par la suite si Kokou et moi abordons des sujets similaires régulièrement… On pourrait l’interviewer, non ?
Au fait, je ne vous ai pas dit qui il était. Kokou est le responsable mondial de la recherche économique, cross asset et quantitative de Société Générale… Et le podcast est assumé par la SoGé puisque référencé par leur site… (cet article, comme tous les autres, n’est pas sponsorisé)















