PdF 26-01>53
Quel rapport entre les vaches et l'IA, entre le Juridique et les juniors ? Ils se sont tous retrouvés dans l'édition de cette semaine !
▼ Édito
On termine la série qui voulait serrer le kiki des consultants dopés à l’IA et on parle de l’impact de l’IA sur les jeunes. Et on vous annonce tout plein de belles conf à venir ou passées.
Saviez-vous que sur le site, vous pouviez consulter toutes les éditions passées ? Et si vous voulez être certain de recevoir la prochaine, il y a un truc facile à faire et à partager sans modération ⤵️
Dans cette édition, vous allez découvrir :
des cadeaux 🎁
des positions 🧘🏾♀️
des dessins 📦
et d’autres bricoles 👩🏻🔧
▼ Phrase propulsée
« L’éducation est un progrès social...
L’éducation est non pas une préparation à la vie, l’éducation est la vie même. »John Dewey
Mais c’est qui ce gars ? John Dewey, philosophe et pédagogue anglais ayant vécu pile à cheval sur le XIXè et le XXè. Rien de mieux pour nous rappeler que le fait d’apprendre ne se limite pas à la période de noss études.
En fait, nos études devraient nous apprendre à apprendre (et aussi à réfléchir sur notre manière d’apprendre – méta-cognition comme disent les savants). Parce que notre apprentissage dure toute notre vie (et j’ajoute une petite interrogation personnelle : ah quoi apprendre toute sa vie si c’est pour que toute cette sagesse accumulée finisse en poussière de carbone ? ma petite contribution : être un passeur).
▼ Anecdote
D’un kiki coupé à la transformation de notre VP - part IV (fin)
Rappel du sujet (proposé par une collègue qui a reçu cette demande d’un client anonymisé ici) : La société BasRéel, dans ses appels d’offres de prestataires, demande maintenant aux cabinets de justifier la manière dont ils augmentent leurs consultants avec l’IA.
Finalement, en discutant avec vous, en échangeant avec Claude et en écrivant, j’ai réalisé que je m’étais fourvoyé dans mon interprétation de la demande du client. La vraie question de BasRéel n’est donc pas “comment on peut te payer moins parce que tu utilises la genAI” mais beaucoup plus simplement : “Es-tu au niveau ?”
C’est vertigineux (on dirait qu’une IA a saisi mon clavier – argh, insidieuse pénétration de mon cortex rédactionnel). Ton client te pousse à utiliser l’IA (et donc si tu ne la maîtrises pas, bye bye ?). Il s’agit donc d’une question de crédibilité, pas de tarifs. (un seul ‘f’ à ce tarif-ci).
Si BasRéel se transforme à l’IA (et ils poussent très très fort en interne) et que leurs consultants ne maîtrisent pas l’IA, il y a un problème de légitimité et d’adéquation.
Comment peux-tu conseiller une organisation en transformation digitale/IA si tu n’es pas toi-même transformé ? Et ça touche tous les consultants de la planète (ce qui fait du monde).
Voici trois positions possibles pour répondre aux attentes de BasRéel & consort. Chacun d’entre vous devrait se retrouver dans l’une d’elle (ou dans une combinaison linéaire 🤭).
Position Partenaire : “Merci de me pousser à l’excellence”
Beaucoup de consultants prétendent utiliser l’IA mais se contentent de copier-coller du ChatGPT en mode “fais-moi un benchmark”. Mr Client, votre demande de justification est salutaire. Elle force le marché à monter en compétence. Elle sépare ceux qui blablatent de ceux qui maîtrisent vraiment.
Vous me poussez donc à être meilleur :
Je documente mieux mes usages (ça me force à structurer ma pratique)
Je teste plus rigoureusement (parce que je sais que je devrai expliquer mes choix)
J’investis dans la formation continue (parce que c’est indispensable)
Je vous apporte la flexibilité de mes pratiques qui vont s’adapter aux vôtres en nous faisant grandir mutuellement sur ce terrain hyper-mobile
Et c’est exactement ce qu’un client comme vous devrait faire : élever le niveau de ses partenaires, augmenter son niveau d’exigence et ne pas se satisfaire d’un consultant qui répète les même schémas mission après mission
Et oui, ça justifie un TJM premium. Parce que travailler avec des clients exigeants, c’est plus de profondeur, plus de valeur et plus d’effort.
Position Spécialiste : “Voici comment je suis au niveau”
Je comprends votre demande. Vous ne vous transformez pas à l’IA pour faire joli dans les slides du Comex. Vous le faites parce que c’est stratégique, vous le faites en profondeur et de manière organisée. Et vous attendez la même chose de vos partenaires. Voici donc où j’en suis :
1. Ma maîtrise opérationnelle
24+ mois d’usage quotidien (Claude, ChatGPT, Perplexity, Mistral & co selon les cas)
Stack documenté par use case (recherche, structuration, validation, idéation) – [chère lectrice, sur ce point je t’ai promis de t’en parler – sache, cher lecteur, que l’attente n’est plus longue et tu peux toujours relire la bande-annonce réalisée ici]
Protocoles de confidentialité (abonnements payants, opt-out, anonymisation systématique) et alignement sur vos règles d’usage
Portefeuille de Use Case genAI partagé en fin de mission
2. Ma veille de passeur
Veille active sur les usages experts dans mon domaine (Design Thinking/Prospective/Innovation) et tests de nouveaux outils
Participation à des communautés de pratique (Hub France IA, conférences, rédaction de plusieurs livres, auteur de cette newsletter, …)
Sensibilisation et formation de vos équipes (même si ce n’est pas explicitement attendu – une transmission par contagion de bonnes pratiques)
Position Pinacothèque : “La parabole du maître et du coq, version 2026”
Vous connaissez la parabole du maître zen qui trace un coq parfait en 30 secondes après 10 ans d’esquisses ? Quand vous me demandez de justifier mon usage de l’IA, vous ne demandez pas “pourquoi tu vas plus vite”. Vous demandez : “Es-tu un maître avec un pinceau numérique, ou un débutant avec un outil qu’il ne comprend pas ?”
Un consultant maître avec l’IA :
A testé 200 instructions pour trouver la meilleure approche en fonction du contexte – et il continue d’explorer
Sait reconnaître les hallucinations en 3 secondes (parfois plus, car les bestioles deviennent de plus en plus astucieuses…)
Combine 5 outils différents selon les phases du projet – ou alors sait utiliser de manière intensive l’un d’entre eux sous toutes ses facettes
Livre un résultat que personne d’autre n’aurait produit
Vous ne payez pas l’outil. Vous payez la maîtrise. Et oui, acquérir cette maîtrise prend du temps, de l’investissement, de la R&D continue. C’est pour ça que mon TJM n’a pas baissé. Il a augmenté. Parce que maintenant, je suis au niveau de vos exigences de transformation. Et c’est pour cela que vous avez besoin de partenaires qui sont à votre niveau d’exigence et de pratiques en matière de genAI. D’où le titre de cet épisode avec la mention “VP” pour Value Proposition évidemment !
Grâce à vous et au fil des épisodes de cette série, sur ce sujet de l’augmentation des prestataires par l’IA, j’avais tendance à être sur la défensive, un peu ironique [comment ça, moi ?] et même un peu amer. Cela a été le fond de ma réponse immédiate à ma collègue : je me demandais surtout comment ne pas se faire avoir, je percevais la demande comme venant des HA, vus comme voraces.
Arrivés au dernier épisode, je pense avoir trouvé une vision plus cohérente, plus constructive, voire confiante. J’espère que cette progression vous servira aussi dans vos pratiques. Maintenant, je me demande plus volontiers comment être à la hauteur, et considère mes clients comme des partenaires exigeants qui m’incitent à toujours m’améliorer. Et franchement ? C’est beaucoup plus puissant (et je reconnais que ce n’est pas facile à appliquer tous les jours et que ça peut faire un peu bisounours – voire une combinaison linéaire)
▼ Visuel Numérique
Il n’y a pas que les vaches
Quand on parle méthane, on pense immédiatement aux vaches qui rotent (btw, ce ne sont pas leurs pets qui méthanisent, mais leurs rots). Certes, les ruminants représentent 28% des émissions humaines de ce super-polluant. Mais le système alimentaire dans son ensemble – élevage, rizières inondées, déchets alimentaires en décharge, brûlis agricoles – pèse plus de la moitié des émissions mondiales de méthane d’origine humaine.
Le méthane est 80 fois plus puissant que le CO₂ à court terme (on parle de pouvoir radiatif des gaz à effet de serre). Vous en découvrirez plus avec l’article qui accompagne notre visuel hebdo
▼ Quoi de neuf chez Future Path ?
Aïe aïe aïe. Très grosse actu chez Future Path, alors on va faire vite pour vous laisser plus de temps pour déguster.
Avec le Hub France IA, on vient notre livre blanc sur les agents genAI. Il a été très bien reçu d’après les premiers retours, beaucoup de diffusion par des republi sur LI et tout plein de téléchargement – encore mieux : il y en a même qui le lisent et le trouvent utile (et oui, je sais que page 9 il y a un glitch de référence non résolu – déjà signalé). Il y en a pour tout le monde : les décideuses (Use Case et Gourvernance), les tech (intro et typologie) et les archi (tout).
Cette semaine, craft.ai nous a offert le petit-déjeuner chez Le Village by CA. Le sujet “IA et juridique”. Grosse fierté d’écouter ma cliente Florence, Directrice Juridique de l’UIMM (le syndicat patronal de la “Métallurgie” - Airbus, Dassault, Thales, toussa toussa) narrer son aventure avec l’IA : un très beau projet de Future Path en 2025. Et aussi l’occasion d’échanger avec le boss de Craft.ai, Homéric de Sarthe, dont on vous recommandait le podcast pour l’été.
Et si vous êtes intéressés par l’arrivée de l’IA dans votre entreprise, voici de quoi vous réjouir. Toujours avec le Hub France IA, nous mettons en place une série d’événements sur ce thème. On commence le 11 février prochain. On vous a réservé des places avec ce lien…
J’ai encore une super news (un autre event, le 12 mai, dans un cadre prestigieux dans Paris). Avec mon complice Franck, on vous concocte un programme de rêve sur le thème Innovation et Leadership (mais oui il y aura de l’IA – enfin un tout petit peu). Accès payant et sur invitation (je vous mets le lien la semaine prochaine).
▼ Média
Un petit apéritif préparatoire pour la rubrique suivante. Vous connaissez le podcast “Underscore_” de micode? C’est tech, très bien informé, très vivant et rythmé. Je vous le conseille.
Et justement il vient de sortir un épisode qui tombe à point nommé “L’IA va-t-elle nous rendre idiots ?”. Et vous le savez, on s’attache régulièrement ici à tenter de nous empêcher de tomber dans ce travers. En particulier, certains sujets que ce podcast évoque sont développés plus amplement dans la série suivante.
▼ Avant de partir,
The death of junior developer – part II
Reprenons. Mon école d’ingénieur ne m’a pas appris à être un développeur/codeur, elle m’a appris à penser les systèmes (d’information). Et plus largement, elle m’a appris à apprendre. C’était important en 90 – aujourd’hui avec notre accélération hyper-véloce, c’est juste INDISPENSABLE. Merci chère école.
L’objet réel de cette série qui démarre de manière auto-biographique, c’est une question lancinante, que les médias relaient abondamment : que vont devenir les jeunes (développeurs, mais pas que) avec l’arrivée de l’IA ? Je ne souhaite pas être le café du Commerce de ce sujet mais apporter des idées en contre-point. Certaines seront jugées comme naïves d’autres pourront fournir des pistes et pour le reste, vous me direz.
Avoir de l’avance sans le savoir
Une confidence de dév. J’ai toujours beaucoup aimé penser/concevoir/imaginer mes algo, mes classes, mes applis, mes archis. Une construction purement intellectuelle, qu’il faut peaufiner, revisiter, améliorer … et qui marche (du moins dans ma tête – en mode Think first, Think again, Think deeper, Code last - and test !). Mais comme Neuralink n’existait pas (— n’importe quoi ta réf ici), il fallait passer des concepts dans la tête au codage avec le clavier pour prouver que ça marchait vraiment. Autant j’adorais concevoir, penser aux cas de tests, imaginer les API (pour que mon truc puisse être utilisé par d’autres – éventuellement moi d’ailleurs), autant rédiger le code avec mes doigts gourds et un système de fichiers basique m’était pénible, voire frustrant. J’avais les neurones qui pédalaient plus vite que mes mains. Et bien entendu, je jubilais quand ça marchait effectivement et j’exultais quand ça passait sans bug (quasi du premier coup).
Tout ça parce qu’on m’avait permis de concevoir, de clarifier mes idées plutôt que de satisfaire aux modes. (bon ok, ils auraient pu faire les deux – mais il faut bien mettre un peu de tension dramatique dans l’article, sinon vous ne me suivrez pas, hein ?)
Et le monde s’est pris à modéliser
Certains avaient bien saisi tout le danger qu’il y avait à confier quelque chose d’aussi important que le code à des nerds et leur appendice clavier. Ils se sont mis à imaginer que l’on pourrait supprimer cette étape faillible (l’humain et son clavier – enfin surtout l’humain en fait) en remontant conceptuellement d’un cran. Pourquoi ne pas modéliser tout le système (i.e. le dessiner avec des petits rectangles et des traits afin de symboliser le fonctionnement attendu dudit système) et ensuite appuyer sur un gros bouton pour générer le code. Et ils l’ont fait.
Lorsque j’ai rencontré le chef avec lequel j’ai bossé le plus longtemps en tant que bras droit (cette expression est assez cucu non?) – 15 ans quand même – il travaillait sur MDA (Didier, si tu nous lis, c’est spéciale dédicace). Cette blague le MDA – Model Driven Architecture pour nos jeunes lectrices. Projet européen et MDA : la recette d’un succès annoncé. Mais ça fait avancer la recherche (financière surtout 😄 – où comment capter le plus de fonds européens pour financer sa propre R&D). Et donc ils dessinaient des machins, appuyaient sur un bouton, obtenaient du code (soyons honnêtes : il est arrivé que ce code compile du premier coup) et testaient. Et ensuite ils amélioraient leur générateur de code et les hamsters continuaient leur tours. Si jamais tu avais la bêtise de demander à voir le code et pointais du doigt toutes les horreurs, tu passais immédiatement pour un indécrottable cul-terreux de techos et on te tenait éloigné des gens chics qui modélisent avec des boiboites (pour paraphraser mon pote Hervé : “Il y a trois catégories de gens, ceux qui savent coder et les autres”). Mais quelle cata ce code. Heureusement que ça n’a jamais marché parce que je vous dis pas dette technique du bazar.
Torts partagés intégralement ré-orientés
Mais j’avais tort de me moquer de mon boss. Et lui aussi avait tort d’y croire. Aujourd’hui, la genAI a réconcilié ces points de vue (happy end). Il est tout à fait possible de générer du code de qualité. Et non cela ne se fait pas en reliant des rectangles avec des traits. Le modèle est devenu le langage (ou l’inverse en fait). Tu penses et la machine génère.
On continue la semaine prochaine en liant tout ces éléments introductifs avec la réalité d’aujourd’hui. Ça s’appelle le Vide Coding (mais c’est la première et dernière fois que j’utilise ce terme dans cette série – on va aborder le sujet de manière moins superficielle que le terme le laisse entendre).
















