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Ça va swinguer en 2026. Notre époque exceptionnelle va encore nous apporter son lot de singularités. Accrochons-nous et gardons ce petit jardin ouvert d'hum[e,o]ur qu'est cette newsletter.
▼ Édito
Waow, 50ème édition! Pas mal pour débuter une nouvelle année, non?
J’en profite pour vous souhaiter une très belle … semaine. Cette notion de bonne année que l’on se souhaite ad nauseam m’a toujours interpellé. Pourquoi seulement une fois par an ? Pourquoi pas tous les jours ? C’est à la fois très convenu et pas toujours sincère (la version annuelle du “j’espère que tu vas bien” en début de mail – qui m’ennuie copieusement). Alors, je ne vous souhaite qu’une bonne semaine, jusqu’à la prochaine édition où je renouvellerai hebdomadairement.
P.S. : à propos du chapeau : il y a une regexp dedans (humour/humeur), des raccourcis syntaxiques de techos. Vous connaissiez ?
Saviez-vous que sur le site, vous pouviez consulter toutes les éditions passées ? Et si vous voulez être certain de recevoir la prochaine, il y a un truc facile à faire et à partager sans modération ⤵️
Dans cette édition, vous allez découvrir dans un ordre aléatoire :
une tête 🙋🏻♀️
une pensée 💭
des prédictions 🌞
et d’autres bricoles 👩🏻🔧
▼ Phrase propulsée
« Les prévisions sont difficiles, surtout lorsqu’elles concernent l’avenir. »
Pierre Dac
Notre édition est intégralement consacrée aux prédictions de 2026 vous présente quelques prédictions sous forme visuelle (pas un truc long à lire donc – le marronnier de saison).
Et c’est la deuxième citation de Pierre Dac (que mon correcteur avait transposé en Day dans la précédente édition… grrr – c’était sans compter sur la vigilance de l’ami Hervé ; mais si, vous savez, celui qui nous rappelle qu’il y a 3 catégories de personnes sur Terre : ceux qui savent compter et les autres).
Brèfle, cette citation m’a été soufflée il y a plusieurs années par mon compagnon technologique de longue date, l’inénarrable Willy.
Et elle trouve toute sa place dans cette newsletter, non ?
▼ Anecdote
Je vais te serrer le kiki, cher consultant dopé à l’IA
Cela pourrait être elle début d’une série AMA (“Ask Me Anything” – vous savez, cette grande tendance des vedettes d’Internet en mode “posez-moi toutes les questions que vous voulez”, en toute humilité).
Pour débuter, prenons le questionnement d’une collègue (une indépendante comme moi – je me demande d’ailleurs de quelle “indépendance” on parle, mais ce n’est pas le sujet) dont l’expertise est sérieuse (i.e. elle ne travaille pas dans la genAI) m’interpelle juste avant Noël avec ce petit sujet :
La société BasRéel, dans ses appels d'offres de prestataires, demande maintenant aux cabinets de justifier la manière dont ils augmentent leurs consultants avec l'IA.
Comme j’ai du mal à réfléchir sans écrire, je lui ai donc produit une longue réponse que je vous soumets… pour lire vos réactions.
Je trouve le sujet intéressant à plus d’un titres.
Titre 1. D’abord parce que cela annonce probablement des demandes similaires en 2026 de la part d’autres grandes entreprises.
Titre 2. De plus, il n’est pas impossible que les HA aient trop lu “gain de productivité” à propos de la genAI. Le sujet est donc peut-être de diminuer les TJM ou les durées des missions.
Titre 3. Ensuite, parce que ces mêmes entreprises utilisent déjà l’IA (et peut-être même la genAI) pour leurs besoins internes. Donc elles attendent que leurs presta fassent de même en leur appliquant le tour de vis qu’elles n’osent pas appliquer à leurs collaboratrices.
Titre 4. Enfin, parce que cela touche à la confidentialité des infos auxquelles tu auras accès pendant la mission. Avant, tu récupérais des docs et tu n’en faisais pas grand chose (de toutes les manières, tu n’avais que peu accès à l’IP des produits). Maintenant, tu peux les donner à un chatbot (pour qu’il les lise, chose que tu ne faisais jamais exhaustivement, si ?) et t’en pondent une synthèse afin de guider l’avancement de ta mission.
Et ça, ça les inquiète aussi je pense.
Analogie de genX : dupliquer un vinyle sur une K7, ça passe. Napster (ou le P2P), c’est no go.
Sous-titre. Et pour terminer, rêvons un peu : peut-être un sujet lié à la souveraineté numérique (et en poussant très fort : à l’environnement), genre “en tant que GE, nous utilisons une solution souveraine et nous souhaiterions que vous fassiez de même de votre côté…” (tout en continuant les réunions avec Teams…)
Et vous, c’est quoi votre regard sur cette tendance ? Comment éviter de se faire couper le kiki par les HA ? Tu ne peux pas dire que tu n’utilises pas la genAI (tu serais dégradé pour non maîtrise d’une techno clé) et si tu dis que l’utilises, on va te réduire au choix le TJM ou le nombre de jours (et pourquoi pas les deux en fait). Des idées ?
Je reprendrai vos idées la semaine prochaine et apporterai des compléments (vous pouvez commenter sur le site et dans l’app – enjoy)
▼ Tête Chercheuse
Daphnée
— Pour toi, l’IA est à un point de bascule. Deux chemins opposés. Lequel te fait peur ?
— Celui où on ne fait rien. Où on regarde les plateformes américaines et chinoises décider à notre place. Encore. Comme on l’a déjà fait avec le cloud, avec les réseaux sociaux, avec tout le reste.
Voici Daphnée Lucenet. Son parcours de funambule : ingénieure, finance, Silicon Valley, investissement à impact, agence de mannequins responsable (oui, vraiment – on en reparle plus bas), et maintenant stratégie IA.
Résultat ? Une vision à 360° qui refuse les postures simplistes. Elle n’est ni dans le camp des techno-enthousiastes naïfs, ni dans celui des techno-sceptiques systématiques. Elle est dans le camp de ceux qui veulent faire les choses bien, avec les yeux ouverts.
Daphnée a vécu le futur en avance. En 2018, elle débarque à Palo Alto d’une drôle de manière. Son patron de l’époque lui avait dit un truc que peu de gens entendent : « Quitte la finance, tu n’as rien à y faire, j’ai besoin de toi dans la Silicon Valley. ». Hop, sac à dos, direction Stanford, Google, Facebook. Le cœur du réacteur. Elle développe le business d’une boîte spécialisée dans les technos sans contact (NFC, RFID, si ça vous parle). Et surtout, elle voit ce qui se prépare : Nvidia qui s’apprête à exploser, des voitures autonomes dans les rues, et... une société déjà fracturée par la tech.
Retour en France avec une conviction : la tech doit servir l'humain et le vivant, pas l'inverse. Au total, elle passe 8 ans dans l’investissement à impact (mobilités durables, projets à fort impact social). Et dans une vie parallèle atypique, elle monte la première marketplace engagée en France à destination de l’industrie créative basée sur un algo de matching intelligent, intégrant une approche ‘éthique by design’ dans l’architecture technique et dans le modèle de gouvernance... puis elle pivote pour finalement créer une une agence de mannequins responsable. PAUSE. Oui, vous avez bien lu. Diversité réelle (âge, morphologie, origine, handicap), accompagnement psychosocial, démarche environnementale. Ça ne ressemble à rien, et c’est justement pour ça que c’est intéressant.
Aujourd’hui, elle décortique les enjeux éthiques et stratégiques de l’IA avec IA Éthique Insider (newsletter + podcast – les liens vous attendent en bas).
Et elle a un truc à dire. Plusieurs trucs, même.
Ce qui l’énerve, c’est cette espèce de résignation collective face à la dépendance technologique. 80% du cloud européen est capté par des acteurs américains. Et pour l’IA ? On est en train de reproduire exactement le même schéma. L’open source existe. Des alternatives européennes existent. Mais les entreprises choisissent la facilité (on parle du "choix tranquille" version chill pour Copilot par les DSI en manque d’imagination).
Daphnée n’est pas une technophobe qui veut tout bannir. Elle ne dit pas “sortez de Microsoft demain matin”. Elle dit : ayez une stratégie. Multi-fournisseurs. Réfléchie. Qui ne vous rende pas prisonniers dans 5 ans quand les prix auront explosé et que vous n’aurez plus aucune marge de manœuvre.
Parce que le vrai danger, ce n’est pas l’IA. C’est qu’on décide à notre place. Encore.
Creusons un peu la plaie Microsoft avec elle
Et commençons en jouant les ingénus…
— les entreprises n’ont pas vraiment le choix pour l’IA, si ? Leur DSI a coché la case avec Copilot parce que c’est le plus simple, le plus intégré...
— Justement ! C’est exactement ça le problème. On se dit “c’est simple, c’est pas cher, c’est déjà dans notre stack Microsoft”. Et avec l’IA, on continue de s’enfoncer dans nos dépendances en devenant complètement prisonniers. Avec des prix qui auront explosé et zéro marge de manœuvre.
— Mais concrètement, tu leur proposes quoi ? De tout refaire avec Mistral ? De monter leur propre infrastructure ?
— Non, je ne dis pas qu’il faut bannir Microsoft. Je dis qu’il faut avoir une stratégie multi-fournisseurs. Des solutions plus souveraines pour certains usages, de l’open source hebergé en local pour d’autres et, éventuellement, Microsoft si besoin selon le niveau de criticité et de performance attendu. Mais arrêter de mettre tous ses œufs dans le même panier américain.
— (note pour mes lecteurs) : Et pendant ce temps, certaines entreprises font du Shadow AI avec ChatGPT parce qu’elles trouvent Copilot... comment dire... perfectible.
Ce que j’en retiens
Daphnée parle de l’IA comme d’un point de bascule civilisationnel. Pas une hyperbole de consultant qui veut vendre des slides. Non, elle a vu la Silicon Valley de près. Elle sait ce qui arrive quand on laisse la tech se déployer sans garde-fous.
« L’IA peut prendre deux chemins complètement opposés. Soit elle est mise au service de l’humain et du vivant, soit c’est l’inverse qui se passe. »
Et le “soit l’inverse”, ce n’est pas un scénario Terminator. C’est beaucoup plus discret et tout aussi pernicieux : des entreprises prisonnières de fournisseurs américains, des algorithmes opaques qui prennent des décisions qu’on ne comprend plus et nous influencent plus qu’on ne le pense, une dépendance technologique totale. Bref, exactement ce qu’on vit déjà avec le Cloud, mais en pire.
📖 L’essentialisme comme antidote : le livre qu’elle nous conseille
Daphnée a un livre qu’elle offre régulièrement : The One Thing. Le principe ? Quand tu as mille trucs à faire (et avec l’IA, ça empire), pose-toi cette question : « What is the one thing you can do such that everything else would be easy or unnecessary ? »
La seule chose que tu peux faire pour que tout le reste soit plus facile ou inutile.
J’adore ce concept parce qu’il va à contre-courant de l’hystérie productive ambiante.
🎙️ Après le livre, les reco pour les oreilles
Sismic de Julien Devaureix – Le podcast avec le plus de travail derrière chaque épisode, selon elle. Quali maximum.
Silicon Carne de Carlos Diaz – on ne le présent plus.
Perso, j’ajoute son podcast et vous invite à écouter son épisode sur la souveraineté numérique (si vous croyez que le Cloud Act est dur, alors découvrez le FISA)
On la retrouve où ?
En podcast (en gros mensuel) et dans sa newsletter hebdo. Avec le ton et la qualité. Et le plaisir d’écrits incisifs quand les interviews donnent le temps à ses interlocuteurs de développer leurs idées (sans tomber dans les 3h…).
Daphnée n’est pas là pour vous vendre du rêve IA. Elle est là pour vous dire : regardez ce qui s’est passé avec le cloud, et ne refaites pas la même connerie.
C’est moins sexy qu’un pitch sur “l’IA va sauver le monde”. Mais c’est probablement plus utile.
▼ Visuel Numérique
2026 : Madame Soleil a lu dans le marc de café des experts
Chaque fin d’année, c’est le même rituel : les cabinets de conseil et les think tanks sortent leurs boules de cristal (🔮 pour mettre dans l’arbre à prédictions🎄).
Visual Capitalist (btw, j’ai pris l’abonnement “VC+”, donc on va pouvoir en profiter largement [du coup, je deviens VC 🤣]) a eu la bonne idée de compiler plus de 2.000 prédictions d’experts (Morgan Stanley, Goldman Sachs, FMI, Deloitte, Gartner…) pour en extraire des thèmes “consensus” – présentés sous forme de carte de bingo (y zont de l’humour chez VC)
Sans surprise, l’IA truste le haut du tableau pour la 3ème année consécutive. Mais le récit évolue : après le hype (2024) et le déploiement (2025), 2026 serait l’année de l’intégration – et surtout des agents IA (si mes clients pouvaient les entendre, mon CFO serait tout heureux). Deloitte annonce que 75% des entreprises y investiront d’ici fin 2026. On note 🤭
Le reste ? Optimisme prudent sur les marchés, croissance mondiale molle (3,1%), et un monde géopolitique toujours aussi turbulent. Bref, rien de bien neuf sous le soleil… de Madame Soleil [ça, c’est l’humour de Claude – tout juste meilleur que celui de ChatGPT].
▼ Quoi de neuf chez Future Path ?
MUGAI : le replay est là 🎬
Mi-décembre, on vous invitait à notre webinaire sur le MUGAI – le Meta-Usage of Generative AI. Pour celles et ceux qui auraient raté l’épisode, le replay est désormais disponible. Il paraîtrait qu’il y a une référence à Grothendieck, mais je n’ai pas vérifié 🤭.
L’idée derrière MUGAI ? Utiliser la genAI pour mieux utiliser la genAI. Pas une mise en abyme escherienne, non – plutôt une approche très concrète pour passer du “moteur de réponses” au “moteur d’exploration”. Un exemple : demander à une IA de décrypter le style d’une image pour ensuite lui faire générer le prompt d’une nouvelle image dans le même style – et hop, plus qu’à coller dans votre moteur de génération d’images préféré.
Et pour approfondir le sujet, nos amis de Zenbaia (grâce auxquels ce webinaire a pu avoir lieu) ont publié un article qui prolonge la réflexion : Et si l’IA vous montrait comment mieux utiliser l’IA ?
Enfin, comme promis, le petit “gift” qui accompagne le webinaire est prêt – avec sa fève de janvier dedans 💝👑. Un kit pratique pour mettre en œuvre le MUGAI dans votre quotidien : le kit MUGAI.
▼ Média
A la suite de notre avant-dernière édition (dans laquelle on vous parlait de Rutger Bregman dans le cycle annuel de conférences de la BBC, The Reith Lectures), je me suis lancé dans la lecture de son dernier livre : Humanité, une histoire optimiste. Presque terminé, mais il m’a seulement fallu 30 pages (1/20ème du livre) pour savoir qu’il figurerait au top de mes lectures récentes, au topissime même (au même niveau que Factfulness du regretté Hans Rosling). Cet essai est très fouillé et fourni (600p), super facile à lire (on a quasi le même style d’écriture), il fait du bien, sans naïveté et avec des preuves scientifiques.
Tous ça pour vous dire que je vous en reparlerai (enfin si vous ne faites pas déjà partie de celles et ceux que j’ai abondamment texté à ce sujet pendant les fêtes).
Voilà, c’est tout pour cette édition. Merci de votre temps, de votre lecture et impatient de lire vos commentaires sur l’anecdote du début…















