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On a fait le plein d'acronymes incongrus pour vous : FOST, AGIT et BBC (bon celui-là il connu et pas incongru) en poussant joyeusement le curseur de la causticité d'un cran.
▼ Édito
“J’adore” m’a dit une lectrice récemment à propos de cette newsletter.
J’ai besoin d’ajouter quelque chose après ça ?
Aller, si vous me poussez, je dirais bien : faites un cadeau à vos proches et abonnez-les en leur disant pourquoi vous pensez qu’ils aimeront aussi.
D’ailleurs, avant de se lancer dans un abonnement pour les 5 prochaines générations, dites-leur bien qu’ils peuvent tester l’ironie du ton et la largeur des sujets en passant en revue toutes les éditions passées. Ne soyez pas égoïstes, partagez !
Dans cette édition, vous allez découvrir :
un podcast 🎙️
une définition 🧑🏽🏫
un dauphin 🐬
et d’autres bricoles 👩🏻🔧
▼ Phrase propulsée
« Il y a une théorie qui dit que si un jour on découvre à quoi sert l’univers et pourquoi il est là, il disparaîtra immédiatement pour être remplacé par quelque chose d’encore plus bizarre et inexplicable. Une autre théorie dit que cela s’est déjà passé. »
Douglas Adams – Le dernier restaurant avant la fin du monde
Je ne ferai à personne l’injure de demander si vous connaissez Douglas Adams (je le ferai d’autant moins après avoir écrit cette phrase d’ailleurs 🤯).
Sérieux, vous savez qu’il a écrit… Mais oui vous savez bien entendu (je m’enfonce là, elle commence mal cette édition).
On ne pouvait pas mieux choisir comme citation pour éclairer (assombrir ?) une de nos niouses. Saurez-vous identifier laquelle ?
▼ Anecdote
FOST - generation IA - apidays - shiftAI
J’ai assisté à cette conf ⤴️ (t’as déjà perdu ton interlocuteur le temps que tu finisses de donner le nom de ladite conf). Je passe sur le pourquoi de ce nom à rallonge : celles et ceux qui y ont assistés savent pourquoi et pour les autres, franchement pas besoin d’aller au-delà des mots clés.
J’en rapporte quelques pépites. Je n’y ai pas trainé mes guêtres pendant les trois jours, mais j’ai entendu des trucs (pas) anecdotiques.
La meilleure blague : The only SOAP is in the RESTroom (ça segmente un peu je reconnais) – mais ça m’a fait hurler de rire. La deuxième : JSON c’est un peu comme XML – là je dois dire que j’ai failli intervenir (pour avoir fait à peu près tout avec XML, je crois avoir le droit de ne pas être d’accord 🤬). Mais à l’ordre zéro, si tu ne connais rien à ces deux technos, ça peut passer (pour l’ordre 1, je dirais que JSON c’est analogue à un alphabet et que XML tient plus de la grammaire et du langage – pas une petite différence, mais passons, je suis calmé)
Le truc raisonnable : API have been designed for humans, not for AI. Un truisme qui mérite d’être précisé à l’heure où l’on veut que les agents aillent trifouiller dans les
poubellessystèmes de l’IT en mode, “tient, ça à l’air cool ce truc, ça sert à quoi ce gros bouton rouge, attends je teste façon test’n learn”.Les trucs du Gartner : If your API is not designed for AI Agent usage, it may be surpassed (bon ok il avait pas écouté le gars du dessus qui intervenait après lui [vous suivez ?]) – est-ce quelqu’un peut expliquer à ce Môssieur ce qu’est une API ? Comme pour se rattraper, il lance ce qu’il voudrait être l’incantation de 2026 : We are introducing Agent Management Plateform for better Agent Experience. Quand on utilise un shaker pour ses punchline, on peut pas s’attendre à mieux, si ? “Agent Experience”, #seriously
Le truc paradoxal : en tant que fidèle lectrice de cette newsletter, vous connaissez le paradoxe de Moravec. Aïe, ne vous blâmez pas, je ne vous en ai jamais parlé (je viens de vérifier – grave erreur de ma part d’avoir réservé cela à mes clients, on va réparer). En gros, ça dit que ce qui est compliqué pour une machine est simple pour un humain et vice versa (ex : faire des grosses multiplications, ça vous brise les neurones et évoluer dans votre appart/maison, ça casse les pattes d’un robot). Et bien, on a eu le droit à une version revisitée (bon le gars n’a pas fait le parallèle, mais j’ai trouvé que c’était assez criant). Son propos : l’IA, c’est magique pour les individus mais c’est le bordel intégral pour les entreprises (j’ai pas mis en italique car il est beaucoup plus policé que moi). Il détaille (je cite cette fois-ci) : AI has infinite knowledge but no context ; Humans have limited knowledge but full context. Classe, non ? (faut peut-être vous expliquer qu’en 2024, on vous a bassiné avec le “prompt engineering” ; là on est passé à “it’s all about context, not prompt engineering” – quand vous vous réveillerez en 2026, on aura trouvé autre chose). Brèfle, j’ai bien aimé.
Sans compter que cette conf a été l’occasion en or de croiser en vrai Françoise (qui m’a refilé une lourde tâche en pleine digestion), Marie-Anne (avec qui on a parlé boulot), Pierre, Alberto, Paul au camp de base du Hub France IA. Ah et un dernier truc anecdotique : j’ai fait des bumps avec mon iPhone (et je me suis senti misérablement boomer quand j’évoquais la même fonction avec le Palm Pilot et qu’on me regardait avec un air de dire “mais il sort de quel iPad EHPAD ce gars ?” – dites-moi que vous avez la réf 🙏)
▼ Et si demain
L’AGIT nous fait vibrer.
On ne va pas évoquer l’AGI ni la super-intelligence ni ces prévisions dantesques.
Je vous propose un autre voyage, en imagination.
Et si toutes ces promesses d’AGI, c’était plutôt une outil sensible pour l’exploration du monde, une forme de traducteur universel ? Pas entre les langues humaines, mais entre nous et le reste de la Planète.
Imaginez. Vous enfilez un casque (ou avalez une pilule, ou murmurez une formule – le dispositif importe peu). Et vous devenez :
Un dauphin. Pas celui des documentaires, joyeux et acrobate. Celui qui nage avec un sac plastique coincé dans l’évent ou les poumons. Vous ressentez l’étouffement progressif, la confusion, l’incompréhension face à cette chose sans saveur, mais qui tue.
Un centimètre cube de terre urbaine. Vous êtes seul. Terriblement seul. Là où vos ancêtres grouillaient de milliards de micro-organismes, vous n’hébergez plus que quelques survivants anémiques. Le bitume pour plafond imperméable, les métaux lourds comme compagnons et le métro comme animation.
Un trait de côte aux Tuvalu. Vous sentez la mer monter. Chaque année, un peu plus. Vous n’êtes plus une frontière, vous êtes un souvenir en sursis – déjà au passé.
Une goutte de pétrole. On vous extrait, on vous expulse de votre bail de plusieurs millions d’années, on vous chauffe, on vous décompose et transforme. Tout ça pour finir dans un dauphin…
Avons-nous besoin de cette empathie pour toutes les formes de vivant ou même de non-vivant (après tout, c’est quoi la vie d’un rocher dans une mine ?) Adopter un point de vue animal, végétal ou minéral, ce ne serait pas ça le début de la sagesse universelle et terrestre ? (je précise terrestre, mais on pourrait faire la même chose hors de notre bienfaitrice planète). Ressentir, ce serait pour beaucoup d’entre nous un bon moyen de se mettre en mouvement, non ?
On pourrait appeler cela l’AGIT. D’ailleurs, quand je demande à un chatbot ce que cela pourrait signifier il me propose (entre autres – vous les connaissez, hein, leur manque de simplicité, leur tendance à t’en proposer tant et tant) : Artificial General Immersive Translation. J'aime bien (à condition de ne pas me retrouver “Lost in translation” 🤭)
▼ Brèves de comptoir
⛱️ Startup et thermostat planétaire — La startup Stardust développe une technologie propriétaire de géo-ingénierie solaire : des particules réfléchissantes à disperser dans la stratosphère pour bloquer les rayons du soleil. Entre ça et les particules argentiques pour la pluie, il va commencer à y avoir du monde là-haut… Bienvenue dans l’ère où des startups peuvent décider seules de modifier le climat mondial. [Politico & Wired]
🎭 Déjà réel ou humour prospectif ? Quand le chroniqueur humoristique McSweeney revisite la définition de “googgler”, cela donne une jolie litanie qui commence par : “1. To look something up quickly and then spend twenty minutes fact-checking the AI summary, only to find out that it was absolutely wrong. 2. To search for directions and two hours later end up with five items in your Amazon cart.” Cela ne nous parle encore complètement car les '“AI overviews” ne sont pas arrivés en France, mais…
📡 Théorie des champs de la conscience… [relisez tranquillement le titre, vous avez été trop vite si vous avez l’intention de lire la suite – personne de normalement constitué n’aurait l’envie de continuer. Vous êtes prévenus]. Une professeure norvégienne/suédoise de science des matériaux publie une théorie où la conscience vient en premier, et où temps, espace et matière n’en sont que des dérivés (on nous a déjà fait le coup avec l’existence et le diesel, non ?). La télépathie et les expériences de mort imminente ? Des conséquences naturelles d’un champ de conscience partagé [stop, ça se dégrade cette newsletter – on va mettre ça sur le compte de la fin d’année].[Uppsala University – si vous allez jusqu’à lire l’article, la photo de la dame laisse penser à une génération par IA ; du coup j’ai poussé jusqu’à Wikipedia]
▼ Visuel Numérique
Quand la Chine et l’Inde font plonger les fossiles
Le graphique de cette semaine vient d’Ember, le think tank énergétique britannique. Deux courbes. Deux géants. Et pour la première fois, les deux plongent sous le zéro.
Ce qu’on voit : l’évolution trimestrielle de la production d’électricité fossile en Chine et en Inde depuis 2021. Après des années de croissance à deux chiffres (jusqu’à +15-20% certains trimestres post-Covid – ouille, houille, ouille), les courbes basculent sous l’axe des abscisses en 2025. Chine : -1,1%. Inde : -3,3%.
Et donc ? En Chine, c’est structurel. Les renouvelables couvrent désormais 100% de la nouvelle demande. En Inde, c’est conjoncturel. Une météo plus clémente qu’en 2024 (moins de canicules = moins de clim) combinée à une croissance record du solaire et de l’éolien (+25% sur les 9 premiers mois). Donc pas vraiment inscrit dans la durée a priori.
Effet de masse. Ces baisses en Asie ont suffi à compenser les hausses aux États-Unis et en Europe. Résultat global : zéro croissance fossile en 2025 à l’échelle world.
Le bémol (il en faut un) : on parle ici de la production électrique uniquement. Les autres usages fossiles (pétrole pour les transports, gaz pour le chauffage) ne sont pas dans l’épure (ni dans l’air pur).
▼ Média
Vous connaissez les Reith Lectures (de la BBC) ?
Depuis 1948, la BBC invite chaque année une personnalité de premier plan à livrer une série de conférences radiophoniques (sérieux, à l’ère du streaming et de l’attention span de 3μs 😳) sur un sujet de société – bon ils fournissent quand même la version podcast.
Bertrand Russell inaugura le format et ensuite Oppenheimer : ça c’est pour vous donner une idée du niveau. C’est aussi long (voire plus) qu’un épisode de GDIY – mais disons que c’est plus dense 😁. Si vous êtes concentrés, ça passe en x1,8 avec un niveau d’anglais moyen comme le mien.
L’édition 2025 : Rutger Bregman
Cette année, c’est l’historien et essayiste néerlandais Rutger Bregman qui nous inspire. Vous le connaissez peut-être pour ses livres optimistes (Humankind, Utopia for Realists – juste des best-sellers du NYT) ou pour cette intervention virale à Davos où il a rappelé aux milliardaires qu’ils pourraient commencer par payer leurs impôts – j’avoue que je ne le connaissais pas, mais je l’adore déjà après le premier épisode qui dépote.
The current ‘age of immorality’
Ça dépote tellement que c’est pas très joyeux. Il dresse un portrait sans complaisance de nos élites occidentales – il arrose tous azimuths. La chute de Rome, le lent déclin de Venise, le “Triangle des Bermudes du talent” qui aspire les diplômés vers la finance et le conseil... Le tableau n’est pas précisément joyeux joyeux. Mais c’est voulu : comme tout bon sermon (il est fils de pasteur), il commence par la misère avant la rédemption. Et la misère, il nous la met bien bien.
Pourquoi se faire du mal ?
Parce que Bregman annonce la couleur : après le diagnostic, viendront les pistes. Comment des “révolutions morales” ont changé l’Histoire. Comment de petits groupes déterminés peuvent inverser la tendance. Le genre de perspective dont on a besoin en ce moment – l’espoir fait vivre, non ? (le pire c’est que j’y crois).
C’est long ton truc ?
Ah oui, j’ai oublié de vous dire que c’est une série de 4 (les 2 premiers sont sortis – rectificatif, le troisième vient de sortir à l’heure du bouclage ). Et pas possible de se binger tout² de suite (‘tout²’ : cherchez pas il n’y a pas de note de bas de page [enfin si il y en a toujours une – vous les lisez mes notes de toute fin d’édition, hein?], c’était pour éviter un “tout tout” 🐕 disgracieux). Les deux suivants arriveront par la suite. Vous pouvez vous concentrer sur la “🇬🇧 lecture 🇬🇧” elle-même (24’ pour le premier épisode – sur les 58 minutes qui incluent une Q&A). Vous avez accès à tout : les audios et les transcripts (merci le service public anglais).











