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Nous inaugurons un nouvelle rubrique : Tête Chercheuse (de futur). Et c'est Jérôme Colombain qui l'étrenne. Chanceuse que vous êtes d'être abonné (sans e pour l'inclusion 🤭)
▼ Édito
Vous avez bien lu. Jérôme nous fait l’amitié de passer une tête (chercheuse d’infos) dans votre newsletter. Sincèrement, je ne pensais pas que ce serait possible. Votre padawan du futur a pu s’entretenir avec lui pour récolter des pépites. Et on vous gâte avec d’autres joyeux joyaux pour vos neurones et la préparation de notre futur.
Je stoppe le § pour vous inviter à aller sur le site pour consulter toutes les éditions passées : personne ne le fait (sauf moi peut-être avant de m’abonner à une nouvelle newsletter). Mais bon, si vous y tenez, c’est dispo.
Par contre, si vous preniez 42” (coucou les lecteurs de SF) pour en parler autour de vous et inciter toutes celles à qui vous souhaitez du bien à s’abonner… ⤵️
Dans cette édition, vous allez découvrir :
une tête 🎙️
des panneaux ☀️
des idées 💡
et d’autres bricoles 👩🏻🔧
▼ Phrase propulsée
« Oser et faire. Il est plus facile de demander le pardon après, que la permission avant. »
Grace Hopper
Vous ne connaissez peut-être pas Grace Hopper (elle a juste inventé COBOL – dis, c’est quoi ce truc?), mais il est certain qu’en bonne innovatrice et innovateur averti, vous connaissez son motto. Souvent laconiquement écrit “il vaut mieux demander pardon que la permission”. Ce fût le leitmotiv de mon acolyte de boss-mentor pendant de nombreuses aventures (Didier, si tu nous lis, c’est pour toi). Mais le début de la citation est lui aussi hyper porteur et c’est cela qui m’a permis d’oser solliciter des ‘big names’ comme Jérôme. Et je n’ai même pas eu à m’excuser : il a été indulgent (avec mes maladresses d’interviewer) et constructif en partageant ses idées.
▼ Réflexion Interrogative
Les trois cercles du savoir… (part II)
Précédemment dans cette rubrique..
La semaine passée, nous avons exploré notre ignorance (en ce qui me concerne, elle est abyssale) : ce qu’on sait, ce qu’on sait qu’on ne sait pas, et ce qu’on ne sait pas qu’on ne sait pas. Et on en a conclu qu’en matière d’innovation, chaque fois que l’on découvre un truc dans la troisième catégorie, c’est le début d’une exploration nécessaire.
En conclusion, on pourrait en retenir le principe suivant :
que celles qui savent, partagent,
que ceux qui ne savent pas, osent le dire
et que celles qui ne savent pas qui ne savent pas, explorent.
Sans oublier que nous sommes à tout instant de notre vie dans chacune de ces trois catégories, en fonction des domaines et des sujets. Oui oui, effectivement, j’en entends certains qui disent : “une sorte de superposition quantique en somme” – so true.
Bascule vers l’IA
Ce triptyque, je le retrouve étrangement quand j’observe les entreprises face à la genAI. J’y vois trois stades ou trois cercles pour rester dans l’analogie initiale.
Premier cercle : celles qui n’utilisent pas. Elles savent ce qu’elles savent. Et s’en tiennent là. Pourquoi changer ce qui fonctionne ? Statu quo : bonheur confortable, aveuglement délibéré.
Deuxième cercle : celles qui explorent. Un jour, elles ont réalisé qu’elles ne savaient pas. Alors elles ont décidé d’apprendre (ici, page de pub et d’auto-promo 😇). De tester. De se former. Elles ont transformé leur ignorance consciente en curiosité active.
Troisième cercle : celles qui revisitent tout (y compris leur business model). Elles ont osé regarder au-delà. Envisager les zones aveugles. Ces territoires dont elles ignoraient l’existence… jusqu’à ce que quelqu’un les éclaire (🙋♂️). Elles interrogent l’étendue de leur écosystème en profondeur en mettant la genAI au coeur de leur activité, comme un révélateur.
et vous dans tout ça ?
Seules les entreprises les plus visionnaires basculent dans le grand océan bleu (poke pour les connaisseuses…) du troisième cercle (je réalise que la double métaphore de l’océan et des cercles a des limites – sorry, quand ce n’est plus l’IA qui écrit, ça dérape gentiment 🤭). Cela ne signifie pas renier ses bases, cela veut dire s’interroger, imaginer, questionner, sonder : et si je repensais mon business grâce à l’IA (je n’ai pas dit, jamais !, virer les humains – never, ever !).
En particulier, la question que trop peu d’entreprises se posent : qu’est-ce que je ne fais pas aujourd’hui et que l’IA rendrait possible avec mes super collaborateurs.
Et vous, où en êtes-vous ? Dans le doux confort du premier cercle ? Dans la découverte du deuxième ? Ou prête à explorer le troisième ?
(Pour celles et ceux qui voudraient un coup de pouce pour passer d’un cercle à l’autre… il paraît qu’il existe une formule qui commence par “From Zero…”. Lucky you : il reste quelques places pour vous embarquer dans l’aventure 🙌)
▼ Brèves de comptoir
🧊 De la glace qui ne fond pas (ou presque) – Des chercheurs de l’Université de Californie ont créé le “jelly ice”, une glace réutilisable à base de gélatine qui reste solide sans produire d’eau de fonte. Fini les flaques contaminées dans les étalages de poisson, fini les pains de glace en plastique moisis au fond du congélo. Ces petits cubes sont composés à 90% d’eau quand même ! Et ils peuvent être lavés, recongelés et réutilisés une douzaine de fois, puis compostés. On attend juste de voir si ça tient ses promesses à l’échelle industrielle.
🍓 Des fraises au manège – Dyson (yep, le fameux) fait pousser 1,2 million de plants de fraises dans une serre de 10 ha au Lincolnshire (c’est en UK bien entendu puisqu’on parle de Sir Dyson). Cela devrait occuper 24 ha au sol… Le truc ? Des roues géantes de 500 kg qui font tourner les plants pour optimiser l’exposition au soleil (et l’espace au sol). Ajoutez des robots (UV contre les moisissures, qui récoltent, …). Résultat : 250% d’augmentation des rendements. L’agriculture du futur ressemblera-t-elle à un parc d’attractions sous serre.
▼ Tête Chercheuse
Jérôme
— Donc si je comprends bien, ta vraie crainte, ce n’est pas que la machine prenne le pouvoir ?
— Non. C’est que l’homme se soumette à la machine. Qu’il devienne le robot de l’IA.
Lui, c’est Jérôme Colombain, qui enregistre des trucs depuis qu’il a 12 ans. Pour explorer sa passion avec les radios libres dans les années 80. Aujourd’hui, c’est Monde Numérique, le podcast tech de référence (que je dévore personnellement en x2 tous les samedis matin – il est dans le top 3 des personnalités tech en 🇫🇷 quand même !). Il est aussi conservateur d’un musée (du) numérique…
Après ses études de journalisme, le Jérôme journaliste touche-à-tout est tombé dans la tech (naissante à l’époque). Et il ne fait plus que ça : décrypter la tech sans tomber dans le techno-enthousiasme béat ni le techno-pessimisme de comptoir.
Son crédo ? La partager et la (faire) comprendre.
Son truc, c’est la lucidité
Jérôme a un problème avec notre époque. Pas avec la tech, il l’adore. Non, son problème, c’est les postures. Ces gamins de 20 ans qui font des vidéos ultra-assurées sur tout et n’importe quoi, de Gaza à Macron en passant par l’IA. Lui, à leur âge, fermait sa gueule. « Je me trouvais tellement con, je ne comprenais pas du tout comment fonctionnait le monde. ». Écrit noir sur blanc (ou quel que soit le thème visuel de votre écran), ça prend des airs de vieux-connisme – ce n’est absolument pas le cas – je le vois plutôt comme une forme d’humilité, la même qui le conduit à décrypter et expliquer avec tant de naturel.
Ce qui l’énerve ? Cette prime au militantisme qui remplace la nuance. Ce que Jérôme appelle « l’inverse de l’esprit critique ».
Alors, quand il parle de tech, il refuse les deux camps : ni le techno-enthousiasme niais, ni la technophobie réactionnaire. Il défend l’idée qu’on ne freinera pas le train en se mettant sur la voie. Qu’il faut sauter dedans pour avoir une chance d’en réguler la vitesse (même si être dans le train ne garantit pas d’accéder aux commandes 🤨)
Et le futur dans tout ça alors ?
— Quel est le futur que tu redoutes mais que tu crois possible ?
— C’est quand trop de gens s’en seront remis aux machines. J’adore les machines, mais il faut qu’elles soient aussi bonnes que les humains, et même mieux. Si c’est pour n’avoir que des idiots soumis aux machines, alors ce n’est pas utile.
— Devenir le robot de l’IA, en somme.
— Exactement. La vraie crainte, ce n’est pas que la machine prenne le pouvoir, c’est que l’homme se soumette à la machine. Franchement, ça, c’est ma crainte profonde.
(note pour mes lectrices) : J’ai un module dans mes formations où je dis exactement ça : ne devenez pas le robot de l’IA. 🤓
Si Jérôme devait résumer sa vision du futur en un mot, ce serait : apprendre. Apprendre toute sa vie (pas juste pendant les études). Se former en continu. Désapprendre et réapprendre (c’est beau ça le “désapprendre”, vous ne trouverez pas ?)
« Pour ne pas subir le futur, il faut l’épouser, il faut épouser la technologie ». Et ça passe par l’éducation (pour les plus jeunes) et par la formation (pour tout le monde). Former des technophiles, pas des technophobes. Parce qu’aujourd’hui, c’est tellement facile de se former : l’IA peut être un coach personnel (pour du sport ou pour réviser la Révolution française), YouTube regorge de contenus incroyables, les podcasts... (bon, là, il a été trop modeste pour s’auto-citer 😏).
Mais — et c’est là que ça se corse — il y a un piège. On a les moyens d’être plus éclairé, et pourtant, c’est souvent l’inverse qui se passe. On se referme dans nos petites certitudes. Les fameuses chambres d’écho. La solution ? Penser contre soi-même. Se challenger. Cultiver la curiosité et l’esprit critique (le vrai, pas celui des complotistes qui pensent être les seuls éveillés). Et surtout, ne jamais laisser ChatGPT tout faire, sinon on devient des légumes numériques (🙏 oh, un tellement grand merci - j’espère qu’en te citant auprès de mes clients, cela donnera encore plus de poids au discours que je tiens déjà)
Un optimiste lucide (tiens, encore la lucidité)
Ce qui m’a frappé chez Jérôme, c’est son optimisme assumé. « Le futur sera mieux que le présent ». Pas par naïveté. Mais parce qu’il regarde l’Histoire. Nos ancêtres ont vécu pire : guerres permanentes, vie humaine sans valeur, classes sociales verrouillées. On vit mieux aujourd’hui. Donc on vivra encore mieux demain (j’espère que tous les atomes de l’univers vont t’entendre).
Évidemment, il y a des dossiers à traiter (coucou l’environnement 🌍). Mais son optimisme n’est pas aveugle. C’est celui de quelqu’un qui a vu passer suffisamment de révolutions technologiques pour savoir que le pire n’est jamais certain.
La question bonus
— Y a-t-il une techno que tu trouves fascinante, mais que tu espères ne jamais voir ?
— Les micro-drones. Genre, demain, tu ouvres ta fenêtre, il y a un nuage de micro-drones qui arrive, ils te rentrent dans le nez... Ça, ça me fait flipper. Il y a des gens qui ont peur des araignées, moi j’ai peur des micro-drones.
Venant d’un gars qui défend l’idée que toutes les technos sont à la fois le pire et le meilleur, qui trouve même Neuralink « pas con », cette phobie des micro-drones me rassure. On a tous notre limite dystopique. La sienne, on la retrouve dans la trilogie Silo de Hugh Howey (à lire en livre ou à binger en série - je ne spoile pas plus mais celles qui ont lu et ceux qui ont vu comprennent)
Bientôt Noël..
Les reco de Jérôme
La biographie de Steve Jobs par Walter Isaacson (immortelle, selon lui - la bio hein parce que pour l’un des deux, c’est cuit)
L’IA générative, pas créative de Luc Julia (Jérôme reçoit Luc une fois par mois dans son podcast et n’a pas pris part au lynchage récent)
On le retrouve où si cet article vous a donné faim de lui
En podcast, dans la newsletter soeur du podcast ou dans son musée du numérique (en panne momentanément me glisse-t-il) voire sur Wikipedia – la classe, même s’il n’est pas sur Grokipedia 🤭
▼ Visuel Numérique
Le UK a plus de soleil que la France ou bien …
La capacité solaire mondiale devrait atteindre près de 2,9 TW, avec 80% de cette puissance concentrée dans seulement 15 pays (bon, ok ça ne dit pas quand…)
Et la Chine représente à elle seule 35% de tous les projets solaires planifiés dans le monde (bon ok, ils produisent également plus de 80% des matériaux et composants des panneaux solaires mondiaux). Autrement dit : non seulement elle construit massivement, mais elle contrôle aussi toute la chaîne de valeur.
Les États-Unis et l’Inde suivent loin derrière avec une capacité combinée inférieure à la moitié de celle de la Chine (et ouais, je sais aussi compter 🤣). Mais on peut aussi dire que la capacité prévue de ces n°2 et n°3 est inférieure à la capacité actuelle de la Chine…
Je ne parlerai donc pas de l’affront albionesque 😡
▼ Média
Noël arrive, le moment d’offrir des livres. Celui-là, on ne sait pas s’il faut le recommander aux enfants. À vous de voir.
Les insectes du futur : Petite entomologie post-effondrement
Lucas Étienne & Jean-Sébastien Steyer - Éditions Belin
La biodiversité ne s’éteint pas, mais pas du tout. Il suffit d’attendre un peu que la Troisième Guerre Mondiale arrive ! Les auteurs la place vers 2499 – à regarder le monde comme il vient, on pourrait penser que ça arrivera avant, mais le propos des auteurs n’est pas géo-stratégique, il est entomologiste.
On se retrouve donc avec une biodiversité gigantesque. Les insectes et leurs cousins arthropodes ont reconquis le monde. Scarabée géant, mante-iris, fourmis sous-marines, papillons capables de photosynthèse... Les deux auteurs s’appuient sur la biologie, la paléontologie et les évolutions passées pour faire la thèse d’un retour au gigantisme des époques éloignées (la méga-faune, vous vous souvenez ?) et d’une adaptation par le mimétisme et le parasitisme.
C’est vraiment le moment de l’année que je déteste : faire le choix des livres à offrir et à recevoir. Il y en a tellement (et si peu de temps pour les lire… – d’ailleurs, je renouvelle mon teaser sur une surprise qu’on vous prépare pour 2026). Et ce livre-là, je le rangerais bien dans les deux catégories… Des magnifiques illustrations (merci epsiloon pour l’avant-goût), un narratif romanesque et un exercice spéculatif sur le futur. Que demander de mieux ?















